L'impossible unité

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Henri Viaux, dans un livre de 1961 [1], a donné un premier récit de la tentative de fonder un mouvement de scoutisme unifié en France, en 1911.

Philippe Laneyrie[2], Christian Guérin[3] et Arnaud Baubérot[4] ont apporté des éclairages complémentaires[5].

En 1910, le lieutenant de vaisseau Nicolas Benoit se rend en Angleterre pour préparer un brevet d'interprète. Dans un article publié dans la revue Agora, débat, jeunesse (n°11, 1998), Daniel Denis a montré qu'il était en réalité envoyé par le service de renseignement de la marine pour se documenter sur le mouvement des Boy-scouts. La marine française, qui avait en charge la gestion des colonies, connaissait la carrière d'officier colonial de BP et voyait dans le scoutisme un moyen de former la jeunesse à de nouvelles techniques militaires. A son retour en France, Nicolas Benoit est chargé par l'État Major de la marine de contribuer à la création d'un mouvement de scoutisme en France.

Au cours de l'année 1911, Nicolas Benoit noue des contacts avec les fondateurs des premières troupes ainsi qu'avec diverses personnalités intéressées par le scoutisme. Le projet se dessine de fonder une association commune. Le Journal des voyages soutient le projet et engage une campagne de presse en sa faveur.

Pierre de Coubertin, rénovateur des Jeux Olympiques modernes et grand admirateur des sports anglais, apporte aussi son concours. Il propose de transformer la Société des sports populaires (qu'il a fondée en 1909) en une Ligue d'éducation nationale rassemblant toutes les initiatives de scoutisme réalisées en France. Ainsi, la nouvelle association bénéficiera du support d'une structure existante. Coubertin met également sa notoriété au service du scoutisme en acceptant la présidence de la Ligue. Enfin, il mobilise ses réseaux dans les milieux éducatifs et obtient le parrainage du recteur Liard.

Toutefois, des dissensions apparaissent rapidement au sein de la Ligue d'éducation nationale. Au moment de sa fondation officielle, Nicolas Benoit, André Chéradame, Georges Bertier et le pasteur Gallienne s'en sont déjà séparés pour lancer une association concurrente : les Éclaireurs de France.


La désunion provenait moins de questions liés à laïcité, comme on le croit souvent, que du désir différent des Éclaireurs de France et de la Ligue d'éducation nationale de se démarquer plus ou moins fortement du scoutisme anglais. Nicolas Benoit, à qui son État Major avait confié la mission de fonder un mouvement français analogue au mouvement britannique, souhaitait lancer d'emblée une organisation structurée et hiérarchisée s'appuyant en priorité sur l'imaginaire, l'uniforme, les insignes. A l'inverse, l'entourage de Coubertin souhaitait fédérer les différentes initiatives au sein de la Ligue d'éducation nationale en laissant à chacune une grande liberté dans l'adaptation de la méthode de Baden-Powell.

En outre, les personnalités qui se joignirent à Nicolas Benoit pour fonder les Éclaireurs de France étaient animées d'une sensibilité nationaliste que ne partageaient pas les proches de Coubertin. Ce nationalisme s'explique par le contexte particulier de cette époque et par la menace d'une guerre imminente avec l'Allemagne. Enfin, la piètre qualité des relations personnelles entre Nicolas Benoit et Pierre de Coubertin a également joué un rôle dans l'échec de la Ligue.


De leur côté, les Unions chrétiennes de jeunes gens (UCJG) ont activement collaboré à la tentative de création d'un mouvement unifié. Toutefois, prenant acte de l'échec de la Ligue d'éducation nationale, elles s'attachent alors à donner corps au mouvement des Éclaireurs unionistes de France. Il s'agit pour elles à la fois de maintenir l'orientation chrétienne de leur scoutisme et d'éviter que des associations neutres fortement structurées exercent une trop forte attraction sur leurs troupes. Cela n'empêche pas les Éclaireurs unionistes d'entretenir de bonnes relations avec les deux autres associations et de coopérer ponctuellement avec elles. Après la Première Guerre mondiale, les liens entre Éclaireurs unionistes et Éclaireurs de France se resserrent. A partir de 1923, les deux associations partagent le camp-école de Cappy et organisent des sessions de formations de chefs en commun ou à tour de rôle. Jusqu'en 1932, elle publient ensemble le Journal des éclaireurs.


Le projet de mouvement unique est donc mort avant même d'avoir vu le jour. Trois associations lui succèdent :

Il faut également mentionner l'existence d'une multitude d'autres petites associations dès avant la Première Guerre mondiale. Certaines rassemblent plusieurs troupes, comme les Éclaireurs des Alpes de l'Abbé d'Andréis ou les Éclaireurs de la méthode Baden-Powell (MBP). D'autres ne sont constituées que d'une troupe indépendante.


Notes et références

  1. Henri Viaux, Aux sources du scoutisme français, Éditions du Scorpion, 1961
  2. Philippe Laneyrie, Les Scouts de France, Cerf, 1983
  3. Christian Guérin, L'utopie Scouts de France, Fayard, 1997
  4. Arnaud Baubérot, L'invention d'un scoutisme chrétien, les Bergers et les Mages, Paris, 1997, ISBN 2-85304-130-1
  5. sur l'impossibilité du point de vue catholique d'adhérer à ces groupements voir http://www.riaumont.net/spip.php?article170

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