Welcome to the ScoutWiki Network

Ordre scout : Différence entre versions

De Scoutopedia
Aller à : navigation, rechercher
(refonte de l'article, avec apports historiques)
m (Années 1931 – 1941)
 
(36 révisions intermédiaires par 5 utilisateurs non affichées)
Ligne 1 : Ligne 1 :
 
{{voir homonymes|ordre scout (homonymie)}}
 
{{voir homonymes|ordre scout (homonymie)}}
La notion d'Ordre peut s'entendre analogiquement dans plusieurs sens (ordre naturel, ordre chevaleresque, ordres religieux etc...). Certains la refusent en l'opposant dialectiquement à la notion de mouvement de jeunesse. Il est vrai aussi que cette notion d'Ordre Scout est liée à la reconnaissance d'une spiritualité scoute, qui suscite encore des débats.
+
La notion d'Ordre peut s'entendre [http://riaumont.eu/IMG/pdf/extrait_livre-2.pdf analogiquement] dans plusieurs sens (ordre naturel, ordre chevaleresque, ordres religieux etc...). Certains la refusent en l'opposant dialectiquement à la notion de mouvement de jeunesse. Il est vrai aussi que cette notion d'Ordre Scout est liée à la reconnaissance d'une [[Spiritualité]] scoute, qui suscite encore des débats.
  
= Historique du côté du Père Sevin=
+
== Historique du côté du Père Sevin ==
  
 
L'idée originelle du [[Jacques Sevin|Père Sevin]] était de "sanctifier et maintenir", permettant ainsi à d'anciens scouts de continuer à vivre dans la spiritualité du scoutisme et son idéal chevaleresque. Dans ce but, il a écrit plusieurs projets, cherchant à en définir les principes, les règles et la spiritualité de ce que pourrait être cet Ordre Scout. Des interdictions ecclésiastiques ont empêché le Père Sevin de développer sa branche masculine. Mais la branche féminine, la Congrégation de la [[Sainte Croix de Jérusalem]], a été fondée de son vivant et s'est développée jusqu'à aujourd'hui. [[Jean Rupp|Mgr Rupp]] et le le P. [[Albert Revet]] lancèrent également l'[[Institut Sainte Croix de Riaumont]].
 
L'idée originelle du [[Jacques Sevin|Père Sevin]] était de "sanctifier et maintenir", permettant ainsi à d'anciens scouts de continuer à vivre dans la spiritualité du scoutisme et son idéal chevaleresque. Dans ce but, il a écrit plusieurs projets, cherchant à en définir les principes, les règles et la spiritualité de ce que pourrait être cet Ordre Scout. Des interdictions ecclésiastiques ont empêché le Père Sevin de développer sa branche masculine. Mais la branche féminine, la Congrégation de la [[Sainte Croix de Jérusalem]], a été fondée de son vivant et s'est développée jusqu'à aujourd'hui. [[Jean Rupp|Mgr Rupp]] et le le P. [[Albert Revet]] lancèrent également l'[[Institut Sainte Croix de Riaumont]].
Ligne 8 : Ligne 8 :
 
Historiquement on distingue clairement trois ou quatre périodes dans l'évolution des projets du P. Sevin.
 
Historiquement on distingue clairement trois ou quatre périodes dans l'évolution des projets du P. Sevin.
  
==1920 - 1931==
+
=== Années 1920 - 1931 ===
Dès le départ le Père Sevin, en rédigeant le règlement de la future Fédération des Scouts de France, pensait déjà à l’organisation d’un Ordre Scout pour les chefs - comme l’a  montré le livre du P. Manaranche (S.J.)- afin de "''sanctifier et maintenir''" le scoutisme à la hauteur de sa mission surnaturelle. L’idée que le scoutisme pouvait  amener  à un «Plus  haut  Service» et  que  la  Loi  Scoute pleinement vécue imprégnée évangile, pouvait être un chemin de sainteté, lui était venue après la rencontre en Belgique d’un Commissaire scout qui voulait fonder dans l’Association belge une sorte de chevalerie mariale, vers 1918-1919.
 
  
{{citation|— " fonder à l’intérieur des Scouts de France une sorte de Tiers Ordre ayant pour but de former des scoutmestres d’élite, la scoumaîtrise étant œuvre d’apostolat.</br>
+
Dès le départ le Père Sevin, en rédigeant le règlement de la future Fédération des [[Scouts de France]], pensait déjà à l’organisation d’un Ordre Scout pour les chefs - comme l’a montré le [[Jacques Sevin, une identité|livre du P. Manaranche]] (S.J.) - afin de "''sanctifier et maintenir''" le scoutisme à la hauteur de sa mission surnaturelle. L’idée que le scoutisme pouvait amener à un "Plus  haut  Service" et que la Loi Scoute pleinement vécue imprégnée évangile, pouvait être un chemin de sainteté, lui était venue après la rencontre en Belgique d’un Commissaire scout qui voulait fonder dans l’Association belge une sorte de chevalerie mariale, vers 1918-1919.
— accessible aux hommes mariés, donc deux catégories prévues.</br>
 
— divers degrés suivant la rigueur des obligations (Promesse ou vœu) sur quatre vertus : humilité, obéissance, pauvreté, chasteté.</br>
 
— sorte de noviciat ou temps d’essai. </br>
 
— grande valeur professionnelle dans le scoutisme, vie intérieure profonde, ascétisme chevaleresque.</br>
 
— pas de nom décidé, mais une certitude sur l’allure et le but : beaucoup de
 
désintéressement, de détachement, de mortification intérieure, pratiques de piété non multipliées, mais sérieuses, de la souplesse dans la rigueur de l’ascétisme, mais de la générosité à plein cœur pour l’amour de Notre Seigneur, de Notre-Dame et des âmes d’enfants que nous, chefs, nous devons former…" <ref> lettre du P. Sevin à Jean Rupp, 30 septembre 1921 </ref>}}
 
  
Dès la fin du 1er Cours de [[Chamarande]] (Pâques 1923), et surtout à Noël [[1923]], au cours de la retraite de chefs, il réunit les huit ou dix chefs au courant du projet. Il leur expose le plan un peu plus en détails, leur remet une image-souvenir : la communion du Chevalier (une sculpture en la cathédrale de Reims).
+
{{citation|— " fonder à l’intérieur des Scouts de France une sorte de Tiers Ordre ayant pour but de former des scoutmestres d’élite, la scoumaîtrise étant œuvre d’apostolat.<br/>
 +
*accessible aux hommes mariés, donc deux catégories prévues.<br/>
 +
*divers degrés suivant la rigueur des obligations (Promesse ou vœu) sur quatre vertus : humilité, obéissance, pauvreté, chasteté.<br/>
 +
*sorte de noviciat ou temps d’essai. <br/>
 +
*grande valeur professionnelle dans le scoutisme, vie intérieure profonde, ascétisme chevaleresque.<br/>
 +
*pas de nom décidé, mais une certitude sur l’allure et le but : beaucoup de désintéressement, de détachement, de mortification intérieure, pratiques de piété non multipliées, mais sérieuses, de la souplesse dans la rigueur de l’ascétisme, mais de la générosité à plein cœur pour l’amour de Notre Seigneur, de Notre-Dame et des âmes d’enfants que nous, chefs, nous devons former…"|lettre du P. Sevin à Jean Rupp, 30 septembre 1921}}
  
Mais certains aumôniers s’inquiétaient de l’influence du Père Sevin sur les chefs à Chamarande allant jusqu’à l’accuser d’y avoir suscité une organisation occulte "Les chevaliers de St Georges"… Au milieu de janvier 1924, vives réactions de l’abbé Cosson (curé de Saint-Jean-Baptiste de la Salle à Paris et membre du Comité Directeur SDF). Son rapport cite  «''La première critique vise la confrérie, sorte de T O.S. [Tiers-Ordre Scout], organisée au moins à titre d’essai, à Chamarande, par le R.P. Sevin C. G.''». Le Chef scout [[Arthur Guyot de Salins|Général de Salins]] estimait dangereux de créer une élite spirituelle qui eût divisé les cadres en deux classes: les membres de l’Ordre et les autres.  
+
Dès la fin du 1{{er}} Cours à [[Chamarande (camp école)|Chamarande]] (Pâques [[1923]]), et surtout à Noël [[1923]], au cours de la retraite de chefs, il réunit les huit ou dix chefs au courant du projet. Il leur expose le plan un peu plus en détails, leur remet une image-souvenir : la communion du Chevalier (une sculpture en la cathédrale de Reims).
C'est aussi à la suite de ces difficultés, que démissionna le P. Sevin de son poste de [[Commissaire Général]] en 1924. La lutte d’influence commencée en 1921 se poursuivait et ne s’achèvera même pas lorsqu’en 1933 il sera déchargé de toutes ses fonctions.
 
  
En Décembre [[1925]], le [[Chanoine Cornette]] (), convaincu d’une baisse spirituelle chez les chefs, encourage pourtant le père Sevin à reprendre son projet. Et le 31 décembre, une messe dans la crypte de Saint-Bénigne à la fin du Congrès de chefs (Dijon) est organisée spécialement pour eux, avec l'Aumônier général.  
+
Mais certains aumôniers s’inquiétaient de l’influence du Père Sevin sur les chefs à Chamarande allant jusqu’à l’accuser d’y avoir suscité une organisation occulte "les chevaliers de St Georges"… Au milieu de janvier 1924, vives réactions de l’abbé [[Henri Cosson]] (curé de Saint-Jean-Baptiste de la Salle à Paris et membre du Comité Directeur SDF). Son rapport cite  «''la première critique vise la confrérie, sorte de T O.S. [Tiers-Ordre Scout], organisée au moins à titre d’essai, à Chamarande, par le R.P. Sevin C. G.''». Le Chef scout [[Arthur Guyot de Salins|Général de Salins]] estimait dangereux de créer une élite spirituelle qui eût divisé les cadres en deux classes : les membres de l’Ordre et les autres.  
Mais à nouveau l’intervention brutale de curés de Paris (Abbé Cosson) fait reculer le projet : en janvier 1926 le Vieux Loup le supplie de renoncer à son projet, le Général Guyot de Salins lui ayant déclaré : « ''Si le père Sevin n’arrête pas, je donne ma démission dans les 24 heures'' ».
 
  
Janvier [[1929]], à la suite d’une conversation avec le Vieux Loup, le P. Sevin reprend le projet enfoui depuis trois ans. Et ce sera la première réunion officielle de spiritualité qui eut lieu, pour les chefs, le [[14 février]] [[1929]] en l’église St Leu - St Gilles à Paris (église capitulaire des Chevaliers de l’Ordre du St Sépulcre) en présence d’une dizaine de chefs.  [[Edouard de Macedo]], lors de  cette réunion en vue de  l’Ordre Scout , présidée par le chanoine Cornette, tint à être présent pour pouvoir  en cas de difficultés officielles,  se porter garant  " ''de notre  loyalisme
+
C'est aussi à la suite de ces difficultés, que démissionna le P. Sevin de son poste de [[Liste des commissaires généraux des scouts de France|Commissaire Général]] en 1924. La lutte d’influence commencée en 1921 se poursuivait et ne s’achèvera même pas lorsqu’en 1933 il sera déchargé de toutes ses fonctions.
et de notre esprit''".  Cette veillée d’armes et adoration fut suivie d’une réunion tous les 15  jours (une fois, adoration à Saint-Leu -Saint-Gilles, et l’autre fois conférence  spirituelle).  
 
  
Le but du projet de 1929 peut se résumer en ceci :
+
En Décembre [[1925]], le [[Chanoine Cornette]] convaincu d’une baisse spirituelle chez les chefs encourage le P. Sevin à reprendre son projet. Et le [[31 décembre]], une messe dans la crypte de Saint-Bénigne à la fin du Congrès de chefs (Dijon) est organisée spécialement pour eux, avec l'Aumônier général. Le RP [[Alphonse Plazenet]] lance sa confrérie scoute de Saint Bernard.
{{citation|— « Fournir à l’Association des Scouts de France, et éventuellement à d’autres, des chefs et des  cheftaines  stables,  d’une  vertu  et  d’un  dévouement  à toute épreuve,  d’un  loyalisme absolu, à qui l’Association peut tout demander...</br>
 
— Donner à ceux qui le désireraient le moyen de réaliser leurs désirs de vie
 
religieuse dans le cadre de l’apostolat scout.</br>
 
— Promouvoir l’esprit et les méthodes d’éducation du scoutisme...</br>
 
Pour  atteindre  ce  but,  trois  branches  possible  :  prêtres,  chefs et  cheftaines.  Pour  ces derniers, deux possibilités : Ordre et Tiers Ordre. En résumé, vocation active et apostolique (...) <ref> Pour former des chefs, l’Ordre Scout, 1929</ref>}}
 
  
Pour   éviter   les   critiques,   le   chanoine   Cornette   fit   examiner   le   projet   par   l’[[André de Grangeneuve|abbé de Grangeneuve]] (au départ plutôt réticent) qui conclut son rapport en disant que l’Association des Scouts de France n’avait pas le droit  de s’opposer à cette fondation qui répondait de toute évidence à un besoin des âmes.
+
Mais à nouveau l’intervention brutale de curés de Paris (Abbé Cosson) fait reculer le projet et en janvier 1926 le [[Chanoine Cornette |Vieux Loup]] le supplie de renoncer à son projet, le [[Arthur Guyot de Salins|Général de Salins]]  lui ayant déclaré : « ''Si le père Sevin n’arrête pas, je donne ma démission dans les 24 heures'' »...
 +
 
 +
Janvier [[1929]], suite à une nouvelle conversation avec le [[Chanoine Cornette]], le P. Sevin reprend le projet resté enfoui depuis trois ans. Et ce sera la '''première réunion''' officielle de spiritualité qui eut lieu, pour les chefs, le [[14 février]] [[1929]] en l’église St Leu - St Gilles à Paris (église capitulaire des Chevaliers de l’Ordre du St Sépulcre) en présence d’une dizaine de chefs (dont [[Jacques Astruc]], [[Pierre de Montjamont]], [[François de Brétizel]]). [[Edouard de Macedo]], lors de cette réunion en vue de l’Ordre Scout, présidée par le chanoine Cornette, tint à être présent pour pouvoir en cas de difficultés officielles, se porter garant "de notre loyalisme et de notre esprit". Cette veillée d’armes et adoration fut suivie d’une réunion tous les 15 jours (une fois, adoration à Saint-Leu -Saint-Gilles, et l’autre fois conférence spirituelle).
 +
 
 +
Le ''but du projet de 1929'' peut se résumer en ceci :
 +
{{citation|— « Fournir à l’Association des Scouts de France, et éventuellement à d’autres, des chefs et des cheftaines stables, d’une vertu et d’un dévouement à toute épreuve, d’un loyalisme absolu, à qui l’Association peut tout demander...
 +
*Donner à ceux qui le désireraient le moyen de réaliser leurs désirs de vie religieuse dans le cadre de l’apostolat scout.
 +
*Promouvoir l’esprit et les méthodes d’éducation du scoutisme...<br/>
 +
Pour atteindre ce but, trois branches possible : prêtres, chefs et cheftaines. Pour ces derniers, deux possibilités : Ordre et Tiers Ordre. En résumé, vocation active et apostolique (...) |Pour former des chefs, l’Ordre Scout, 1929}}
 +
 
 +
Pour éviter les critiques, le chanoine Cornette fit examiner le projet par l’[[André de Grangeneuve|abbé de Grangeneuve]] (au départ plutôt réticent) qui conclut son rapport en disant que l’Association des Scouts de France n’avait pas le droit  de s’opposer à cette fondation qui répondait de toute évidence à un besoin des âmes.
  
 
En septembre 1929, bénédiction du premier fanion par le chanoine Cornette : fanion blanc frappé de la croix potencée écarlate de Jérusalem avec, au centre, une fleur de lys d’or cantonnée de quatre fleurs de lys (voir aussi son premier drapeau du P. Sevin pour les "Guides" de Mouscron). Puis retraite à Valloire, où le Père Sevin présenta la règle provisoire de l’Ordre des Chevaliers de la sainte Croix de Jérusalem. 
 
En septembre 1929, bénédiction du premier fanion par le chanoine Cornette : fanion blanc frappé de la croix potencée écarlate de Jérusalem avec, au centre, une fleur de lys d’or cantonnée de quatre fleurs de lys (voir aussi son premier drapeau du P. Sevin pour les "Guides" de Mouscron). Puis retraite à Valloire, où le Père Sevin présenta la règle provisoire de l’Ordre des Chevaliers de la sainte Croix de Jérusalem. 
 +
 
Ce qu’on appelait alors l’O.S. (Ordre Scout) prévoyait d’associer :  
 
Ce qu’on appelait alors l’O.S. (Ordre Scout) prévoyait d’associer :  
 
 
* les chevaliers d'alliance (des laïcs mariés),
 
* les chevaliers d'alliance (des laïcs mariés),
 
* les chevaliers francs (des consacrés),
 
* les chevaliers francs (des consacrés),
Ligne 54 : Ligne 54 :
 
Les chapelains auraient uniquement été des accompagnateurs spirituels des chevaliers d'alliance. Ils n'auraient donc pas été liés à l'Ordre Scout par des vœux et seraient restés avec leurs charges diocésaines.
 
Les chapelains auraient uniquement été des accompagnateurs spirituels des chevaliers d'alliance. Ils n'auraient donc pas été liés à l'Ordre Scout par des vœux et seraient restés avec leurs charges diocésaines.
  
Pour ouvrir l’année [[1931]], dans son éditorial d'année de la revue [[Le Chef]], le père Sevin publie son fameux : « Vers un Ordre Scout  ».  
+
Pour ouvrir l’année [[1931]], dans son éditorial d'année de la revue [[Le Chef]], le père Sevin publie son fameux : « '''''[http://www.riaumont.eu/spip.php?article59 Vers un Ordre Scout]''''' ».  
 
{{citation|L’Ordre scout, c’est la hiérarchie des choses telle que le scoutisme la suppose, la veut ou la fait. Le scoutisme n’est pas une philosophie, mais une éducation, et comme toute  éducation, il implique une philosophie. II suppose une certaine conception de ce que doit être  l’homme vraiment homme, la vie vraiment vie.
 
{{citation|L’Ordre scout, c’est la hiérarchie des choses telle que le scoutisme la suppose, la veut ou la fait. Le scoutisme n’est pas une philosophie, mais une éducation, et comme toute  éducation, il implique une philosophie. II suppose une certaine conception de ce que doit être  l’homme vraiment homme, la vie vraiment vie.
 +
 
(…) Il  y  a donc  bien place,  en  ce  sens-là,  pour  un  certain  «ordre»  scout  qui  a pour  seule originalité de vouloir être chrétien à fond, et de croire que c’est possible.  
 
(…) Il  y  a donc  bien place,  en  ce  sens-là,  pour  un  certain  «ordre»  scout  qui  a pour  seule originalité de vouloir être chrétien à fond, et de croire que c’est possible.  
 +
 
Famille spirituelle, j’ai prononcé le mot.}}
 
Famille spirituelle, j’ai prononcé le mot.}}
  
Et le [[31 mars]] [[1931]], l’expérience des chefs ayant réussi, le moment semblait venu de tenter la même expérience près des cheftaines. La première réunion regroupa dix ou douze cheftaines autour du père Sevin et du chanoine Cornette qui dit tout ce qu’il attendait de cette nouvelle fondation, pour le bien du scoutisme.  
+
Et le [[31 mars]] [[1931]], l’expérience des chefs ayant réussi, le moment semblait venu de tenter la même expérience près des cheftaines. La première réunion regroupa dix ou douze cheftaines autour du père Sevin et du chanoine Cornette qui dit tout ce qu’il attendait de cette nouvelle fondation, pour le bien du scoutisme.
À la Pentecôte, l’Aumônier Général accompagna même le père Sevin à Valloires pour étudier sur place la fondation du noviciat féminin.  
+
 
 +
À la Pentecôte, l’Aumônier Général accompagna même le père Sevin à Valloires pour étudier sur place la fondation du noviciat féminin.
 +
 
 +
=== Années 1931 – 1941 ===
 +
 
 +
Mais bientôt la cabale repris, avec certains ecclésiastiques séculiers (comme le Chanoine [[Henri Cosson]] ) et religieux (dont les Dominicains), le directeur des œuvres de Versailles l'[[Paul Richaud |abbé  Richaud]] <ref> lettre de Mgr Richaud à Mgr Courb (1947) : "''Je me rappelle fort bien que c’est cette initiative  du père  Sevin qui a fait prendre par l’Assemblée des Archevêques la décision de l’éloigner du scoutisme.
  
==1931 – 1941==
+
Il a paru, en effet, inadmissible qu’une association pareille à un Tiers-ordre ou Ordre, destinée à des éléments scouts, en tant que scouts, et s’appuyant sur les principes d’éducation du scoutisme, puisse être fondée et dirigée en dehors et à l’insu de l’autorité diocésaine déléguée par l’évêque pour la direction spirituelle du scoutisme''"</ref>, et le Chef scout [[Arthur Guyot de Salins|Guyot de Salins]] menaça à nouveau le chanoine Cornette de donner sa démission si le père Sevin ne cessait pas immédiatement cette activité.
Mais bientôt la cabale repris, avec certains ecclésiastiques séculiers (comme le Chanoine Cosson) et religieux (dont les Dominicains), le directeur  des œuvres de Versailles l'[[Paul Richaud |abbé  Richaud]] <ref> lettre de Mgr Richaud à Mgr Courb (1947) : "''Je  me rappelle  fort  bien que c’est  cette  initiative  du père  Sevin qui  a  fait prendre par l’Assemblée des Archevêques la décision de l’éloigner du scoutisme.
 
Il a paru,   en effet,   inadmissible qu’une association pareille à un Tiers-ordre ou Ordre, destinée   à   des   éléments   scouts,   en   tant   que   scouts,   et   s’appuyant   sur   les   principes d’éducation du scoutisme, puisse être fondée et dirigée en dehors et à l’insu de l’autorité diocésaine déléguée par l’évêque pour la direction spirituelle du scoutisme''"</ref>, et le Chef scout Guyot de Salins menaça à nouveau le chanoine Cornette de donner sa démission si le père Sevin ne cessait pas immédiatement cette activité.
 
  
On se plaignit au supérieur du P. Sevin, le père Thoyer qui demanda un rapport sur la question et (sans l’attendre, sans envoyer aucun document au T.R.P. général des Jésuites), émit pour des raisons de difficultés extérieures une opinion défavorable, ce qui provoqua une réponse négative.
+
On se plaignit au supérieur du P. Sevin, le père Thoyer qui demanda un rapport sur la question et (sans l’attendre, sans envoyer aucun document au T.R.P. général des Jésuites), émit pour des raisons de difficultés extérieures une opinion défavorable, ce qui provoqua une réponse négative.
Cette réponse fut communiquée a père Sevin le [[31 juillet]] [[1931]], en la fête de saint Ignace : L’O.S.,  en tant  qu’Ordre,  ne pouvait exister; un simple Cercle spirituel,  sans avenir,  était tout ce qui pouvait survivre.  Le  père  Thoyer  avouait  cependant  au  père  Sevin:  «''Vous  publieriez  ce règlement, il prendrait comme la poudre''»...
 
  
Le père Sevin s’inclina et  sans  amertume  se contenta,  comme on  le lui 
+
Cette réponse fut communiquée a père Sevin le [[31 juillet]] [[1931]], en la fête de saint Ignace : L’O.S. en tant qu’Ordre ne pouvait exister ; un simple Cercle spirituel, considéré comme sans avenir, était tout ce qui pouvait survivre. Le père Thoyer avouait cependant au père Sevin : «''Vous publieriez ce règlement, il prendrait comme la poudre''»...
demandait, d’un simple Cercle spirituel, que chacun s’attendait à voir disparaître. Pour le Jésuite très obéissant (''perinde ac cadaver'')  que restera toujours le P. Sevin, cette décision crucifiante marque la fin d'une époque... et le début d'une autre ! On ne pouvait plus parler de l’O.S. en tant qu’Ordre.  
 
  
Il faut remarquer que le besoin spirituel est toujours présent au niveau de
+
Le [[Jacques Sevin|P. Sevin]] s’inclina et sans amertume se contenta,  comme on le lui demandait, d’un simple Cercle spirituel, que chacun s’attendait à voir disparaître. Pour le Jésuite très obéissant (''perinde ac cadaver'') que restera toujours le P. Sevin, cette décision crucifiante marque la fin d'une époque... et le début d'une autre ! Il ne pouvait plus parler de l’O.S. en tant qu’Ordre.  
l'encadrement des Scouts de France. C'est par exemple à cette même époque (début 1932) que le Père Plazenet fonde avec quelques Scouts-Routiers de la Réunion des Étudiants une association spirituelle sous le nom de ''Compagnie Scoute de Saint Bernard''. Ces chefs y renouvelleront leur promesse, et s’engagent en outre "à travailler de toutes mes forces à ma sanctification personnelle et celle de mes frères scouts".
 
D'ailleurs il faut noter que ce n'est pas qu'en France que le scoutisme catholique ressent ce besoin, on trouvera ainsi à Sumatra (Indonésie) au début des années 1950 un Institut religieux "''Gezellen Van Sint Joris''" (Compagnons de St Georges) consacré aux œuvres de jeunesse et plus spécialement dans les rangs du Scoutisme.
 
  
Après avoir dû finalement, par obéissance, abandonner en 1933 ses fonctions de  
+
Après avoir dû finalement, par obéissance, abandonner en 1933 ses fonctions de Commissaire à la Formation des Chefs à Chamarande (mais également [[Conférence internationale catholique de scoutisme|l’Office International des Scouts Catholiques]] et la revue [[Le Chef]] qu’il avait fondés), le Père Sevin n’avait plus eu le droit que d’animer un cercle spirituel (voir par exemple dans la lettre du cercle n°6 du 1er juin 1936 son article : "Le Scoutisme est-il ou a-t-il une Spiritualité ?") et de prêcher quelques retraites.
Commissaire à la Formation des Chefs à Chamarande (mais également l’Office  
 
International des Scouts Catholiques et la revue "Le Chef" qu’il avait fondés), le Père Sevin n’avait plus eu le droit que d’animer un cercle spirituel (voir par exemple dans la lettre du cercle n°6 du 1er juin 1936 son article : "Le Scoutisme est-il ou a-t-il une Spiritualité ?") et de prêcher quelques retraites.
 
  
 
Ses contacts avec les Chefs furent dès lors sévèrement surveillés (et même dénoncés). Les interdictions ecclésiastiques empêcheront jusqu'à sa mort de développer la branche masculine. En novembre [[1935]], quatre chefs viennent ainsi demander au père Sevin de fonder un ''couvent scout''. Mais le P. Sevin se veut fidèle et loyal à l’interdiction de 1931, et il refuse.
 
Ses contacts avec les Chefs furent dès lors sévèrement surveillés (et même dénoncés). Les interdictions ecclésiastiques empêcheront jusqu'à sa mort de développer la branche masculine. En novembre [[1935]], quatre chefs viennent ainsi demander au père Sevin de fonder un ''couvent scout''. Mais le P. Sevin se veut fidèle et loyal à l’interdiction de 1931, et il refuse.
 +
Il oriente alors certains jeunes qui voulaient s'y consacrer (comme Lucien-Marie Dorne<ref>cf. témoignages du fondateur de la famille missionanire ND des Neiges sur https://fmnd.org/presentation.php?id_texte=9</ref>) vers le séminaire d'Issy-les-Moulineaux où [[Marc Lallier]] est professeur.
 +
 +
 +
Le besoin spirituel demeurant toujours présent au niveau de l'encadrement des Scouts de France, c'esty à cette même époque (début 1932) que le [[Alphonse Plazenet| Père Plazenet]] fonde avec quelques Scouts-Routiers de la Réunion des Étudiants, le '''[[104]]''') une association spirituelle sous le nom de ''Compagnie Scoute de Saint Bernard''. Ces chefs y renouvelleront leur promesse, et s’engagent en outre "à travailler de toutes mes forces à ma sanctification personnelle et celle de mes frères scouts".
 +
 +
On peut noter d’ailleurs qu'il n'y a pas qu'en France que le scoutisme catholique ressentit ce besoin. Par exemple à Sumatra (Indonésie) au début des années 1950, on trouvera aussi un Institut religieux "''Gezellen Van Sint Joris''" (Compagnons de St Georges) consacré aux œuvres de jeunesse et plus spécialement dans les rangs du Scoutisme.
 +
 +
 +
Toujours est-il qu'après cette interdiction ce furent surtout d’anciennes cheftaines et les Guides de France qui profitèrent de l'enseignement du P. Sevin. Le Cercle de cheftaines continua, tout en subissant de profondes modifications.
 +
 +
« ''Bien que prévenues que seul un "Cercle" est possible et autorisé en ce moment, elles ne renoncent pas à l’espoir de réaliser une vocation proprement dite, dans le cadre de l’O.S. qu’elles, envisagent pour elles-mêmes comme surtout contemplatif ; ces âmes sont décidées à attendre autant qu’il le faudra'' ».
  
Du coup ce furent surtout d’anciennes cheftaines et les Guides de France qui
+
Toutes celles de 1931 quittèrent le Cercle ; certaines sont parties, découragées, ne voyant pas l’aboutissement de leur désir. Mais en 1935, ce Cercle spirituel prend un nouvel essor avec l’arrivée de [[Jacqueline Brière]].
profitèrent de son enseignement. Le Cercle de cheftaines a continué, tout en subissant de profondes modifications.
 
« Bien que prévenues que seul un "Cercle" est possible et autorisé en ce moment, elles ne renoncent pas à l’espoir de réaliser une vocation proprement dite, dans le cadre de l’O.S. qu’elles, envisagent pour elles-mêmes comme surtout contemplatif  ; ces âmes sont décidées à attendre autant qu’il le faudra ».
 
Toutes celles de 1931 l'ont quitté le Cercle ; certaines sont parties, découragées, ne voyant pas l’aboutissement de leur désir. Mais en 1935, ce Cercle spirituel prend un nouvel essor avec l’arrivée de [[Jacqueline Brière]].
 
  
En 1938, le P. Sevin commence  la  rédaction du commentaire des ''Positions Spirituelles'' et d'un "Mémoire n°1" (complété par le "Mémoire n°2" en janvier  1941), afin que cet  «Ordre scout» puisse un jour prendre corps, même s'il venait à  disparaître. Il envisage donc, suivant son plan:
+
En 1938, le [[Jacques Sevin|P. Sevin]] commence  la  rédaction du commentaire des ''Positions Spirituelles'' et d'un "Mémoire n°1" (complété par le "Mémoire n°2" en janvier  1941), afin que cet  «Ordre scout» puisse un jour prendre corps, même s'il venait à  disparaître. Il envisage donc, suivant son plan :<br/>
Branche sacerdotale,
+
une branche sacerdotale,<br/>
Branche chefs,
+
une branche pour les chefs,<br/>
Branche cheftaines.
+
une branche pour les cheftaines.<br/>
 
Dans ce Mémoire n°2 apparaissent clairement les différences entre l’Ordre Scout de 1931 et le Cercle spirituel qui va suivre, seul autorisé jusqu'en 1951.
 
Dans ce Mémoire n°2 apparaissent clairement les différences entre l’Ordre Scout de 1931 et le Cercle spirituel qui va suivre, seul autorisé jusqu'en 1951.
  
==1941 – 1951==
+
=== Années 1941 – 1951 ===
C'est en novembre [[1941]] que Jacqueline Brière  prend  la  direction  du groupe  qui s’achemine vers une vie religieuse. Ce seront les "Dames de [[la Sainte  Croix de Jérusalem]]" dont elle sera la cofondatrice, et qui commencent leur vie communautaire  le [[15 janvier]] [[1944]].
 
  
En 1947 et 1948, le père Forestier <ref> Ce n'est qu'au moment de  la
+
C'est en novembre [[1941]] que Jacqueline Brière prend la direction du groupe qui s’achemine vers une vie religieuse. Ce seront les "Dames de la [[Sainte Croix de Jérusalem]]" dont elle sera la cofondatrice, et qui commencent leur vie communautaire le [[15 janvier]] [[1944]].
reconnaissance officielle de  la congrégation par  l'Église en 1963 qu'une lettre du père Forestier  o.p., donnera l'explication  «''Je n’ai reçu qu’une directive. Qu’une consigne:  ne pas permettre qu’un ordre religieux se présentât comme issu de l’Association des Scouts de France, ou comme son aboutissement normal. Une défense formelle venait, me disait-on. en haut lieu, d’être intimée dans ce sens à un religieux. Je ne devais absolument pas  faire état de cette  consigne, ce en quoi je me  trouvai  bien ennuyé… Ces  directives m’avaient été transmises par deux prélats qui sont encore en vie''»  </ref> -qui avait reçu de l’Assemblée des Archevêques et Cardinaux dès 1936 la consigne secrète de  s’opposer à tout ordre religieux issu du scoutisme- se plaint à l’Action Catholique de cette fondation et du fait que le père Sevin en parle. Mais en juin [[1949]], l’évêque de Beauvais, Mgr Rœder,
 
accepte Sainte Croix de Jérusalem comme « pieuse union » de droit diocésain qui s’installe à Boran-sur-Oise.
 
  
Ce rappel à Dieu du P. Sevin, et l’interdiction qu’on lui avait fait de grouper des aumôniers scouts ou anciens scout, n’ont pas permis le lancement de son vivant des Frères et des Pères pour lequel il avait commencé à adapté ses "Positions" Sacerdotales. " ''Actuellement 3 Prêtres (2 du diocèse d’Arras, 1 du diocèse de Luçon) demandent "à commencer absolument''" cette année [[1950]] ". Le Père Sevin avait fait part de ses projets d’Ordre scout au [[Albert Revet |Père Revet]] lors d’une brève rencontre au pèlerinage de Vézelay en 1946 (lettre du 13 décembre) ".  
+
En 1947 et 1948, le [[Marcel Forestier|Père Forestier]] Aumônier Général SDF - qui avait reçu de l’Assemblée des Archevêques et Cardinaux dès 1936 la consigne secrète de s’opposer<ref> Ce n'est qu'au moment de la reconnaissance officielle de  la congrégation par  l'Église en 1963 qu'une lettre du père Forestier o.p., donnera l'explication  «''Je n’ai reçu qu’une directive. Qu’une consigne :  ne pas permettre qu’un ordre religieux se présentât comme issu de l’Association des Scouts de France, ou comme son aboutissement normal. Une défense formelle venait, me disait-on, en haut lieu, d’être intimée dans ce sens à un religieux. Je ne devais absolument pas faire état de cette  consigne, ce en quoi je me trouvai bien ennuyé… Ces directives m’avaient été transmises par deux prélats qui sont encore en vie''» . </ref> à tout ordre religieux issu du scoutisme - se plaint à l’Action Catholique de cette fondation et du fait que le père Sevin en parle. Mais en juin [[1949]], l’évêque de Beauvais, Mgr Rœder, accepte Sainte Croix de Jérusalem comme « pieuse union » de droit diocésain qui s’installe à Boran-sur-Oise.
  
Peu avant la mort du Père Sevin, [[Jean Rupp|Mgr Rupp]], ancien Assistant de Chamarande devenu évêque auxiliaire de Paris, reçut du fondateur la mission de continuer son œuvre "''plusieurs jeunes étaient prêts à s’offrir''" (Semaine religieuse de Paris 25 août 1951). C’est lui qui, le [[12 octobre]] [[1952]] sera appelé pour la bénédiction du monument érigé sur la tombe du P. Sevin. Et au Jubilé de la Sainte Croix de Jérusalem en 1959, le Père H. Vanderhaghen rappelait encore  : " ''Mgr Rupp qui célèbre la Messe au milieu de nous ce soir, c’est à lui qu’avant de mourir le Père avait confié ses filles…'' ".
+
Ce rappel à Dieu du P. Sevin, et l’interdiction qu’on lui avait fait de grouper des aumôniers scouts ou anciens scout, n’ont pas permis le lancement de son vivant des Frères et des Pères pour lequel il avait commencé à adapté ses "Positions" Sacerdotales". ''Actuellement 3 Prêtres (2 du diocèse d’Arras, 1 du diocèse de Luçon) demandent "à commencer absolument''" cette année [[1950]]". Le Père Sevin avait fait part de ses projets d’Ordre scout au [[Albert Revet |Père Revet]] lors d’une brève rencontre au pèlerinage de [[Vézelay]] en 1946 (lettre du 13 décembre)".  
  
==1951-1991==
+
Peu avant la mort du Père Sevin, [[Jean Rupp|Mgr Rupp]], ancien Assistant de [[Chamarande (camp école)|Chamarande]] devenu évêque auxiliaire de Paris, reçut du fondateur la mission de continuer son œuvre "''plusieurs jeunes étaient prêts à s’offrir''" (Semaine religieuse de Paris 25 août 1951). C’est lui qui, le [[12 octobre]] [[1952]] sera appelé pour la bénédiction du monument érigé sur la tombe du P. Sevin. Et au Jubilé de la Sainte Croix de Jérusalem en [[1959]], le Père H. Vanderhaghen rappellera encore : " ''Mgr Rupp qui célèbre la Messe au milieu de nous ce soir, c’est à lui qu’avant de mourir le Père avait confié ses filles…'' "
C’est ainsi que [[Jean Rupp|Mgr Rupp]] devint le premier Supérieur de la branche masculine de l’Ordre de la Sainte Croix de Jérusalem, qui ne pouvait prendre corps qu'après la mort du religieux encore interdit !  Sous forme d’une " pieuse union " elle va d'abord être érigée canoniquement dans les diocèses d’Arras et de Monaco (des ordinations de prêtres ont eut lieu à ce titre).
 
En [[1959]] le Père Revet participera à une retraite à Boran, et des religieuses de la Sainte Croix viendront l’aider à des camps. Mais les liens vont se distendre, et des problèmes de personnes surgirent également, qui finirent par couper tout contact.
 
  
A partir de [[1963]] les membres de la branche masculine se regroupèrent sous la forme nouvelle d’Institut Séculier. En 1968 un chapitre général de la Sainte Croix de Jérusalem se tient à Lens où le Père Albert Revet présenta une conférence sur la spiritualité scoute.
+
=== Années 1951-1991 ===
  
Il revient aux sœurs de la Sainte Croix de Jérusalem l’honneur d’avoir fait ouvrir le procès de béatification du P. Jacques Sevin.
+
C’est ainsi que [[Jean Rupp|Mgr Rupp]] devint le premier Supérieur de la branche masculine de l’Ordre de la Sainte Croix de Jérusalem, qui ne pouvait prendre corps qu'après la mort du religieux encore interdit. Sous forme d’une " pieuse union "elle va d'abord être érigée canoniquement dans les diocèses d’Arras et de Monaco (des ordinations de prêtres ont eut lieu à ce titre).
  
l’Institut Sainte Croix de Riaumont fut érigé canoniquement par Rome en 1991, et deux ans plus tard le cardinal Mayer vint à Liévin procéder à l’ordination du R.P. Alain Hocquemiller (actuel Prieur).
+
En [[1959]] le Père Revet participera à une retraite à Boran, et des religieuses de la Sainte Croix viendront l’aider à des camps. Mais les liens vont se distendre, et des problèmes de personnes surgirent également, qui finirent par couper tout contact.
  
 +
A partir de [[1963]] les membres de la branche masculine se regroupèrent sous la forme nouvelle d’Institut Séculier. En [[1968]] un chapitre général des prêtres de la Sainte Croix de Jérusalem se tient à Lens où le Père Albert Revet présenta une conférence sur la spiritualité scoute.
  
= Autres projets d'ordres scouts =
+
Il revient aux sœurs de la [[Sainte Croix de Jérusalem]] l’honneur d’avoir fait ouvrir le procès de béatification du P. Jacques Sevin.
  
* Citons encore, parce qu'ils se réclament du même scoutisme catholique, les ''Servi Jesu et Mariae'' - à ne pas confondre, avec ceux d’Ourscamp - comme autres " cousins germains". Il furent fondés par le Père Hönisch (jésuite allemand, aumônier à l’origine de la K.P.E., c’est à dire de la branche catholique des Scouts d’Europe allemands), et sont actuellement implantés en Autriche, en Bavière, ainsi qu'au diocèse de Toulon.
+
l’Institut Sainte Croix de [[Riaumont]] fut érigé canoniquement par Rome en 1991, et deux ans plus tard le cardinal Mayer vint à Liévin procéder à l’ordination du R.P. Alain Hocquemiller (actuel Prieur).
  
* En Belgique la [[Fédération des scouts catholiques]] Belges avait développée une "route des Hommes" avec charte du Routier-Maître se rapprochant assez de cette notion d'Ordre Scout.
+
== Autres projets d'ordres scouts ==
 +
 
 +
* Citons encore, parce qu'ils se réclament du même scoutisme catholique, les ''Servi Jesu et Mariae'' - à ne pas confondre, avec ceux d’Ourscamp - comme autres " cousins germains". Il furent fondés par le Père [[Andreas Hönisch]] (jésuite allemand, aumônier à l’origine de la [[Katholische Pfadfinderschaft Europas|K.P.E.]], branche catholique des Scouts d’Europe allemands), et sont actuellement implantés en Autriche, en Bavière, ainsi qu'au diocèse de Toulon.
  
 
* "''Entre donc en Routier dans l'Ordre Scout''" disent certains [[Cérémonial du départ routier (Riaumont - Doran)]] , et de fait la communauté des RS représente un peu cela dans certains mouvements.
 
* "''Entre donc en Routier dans l'Ordre Scout''" disent certains [[Cérémonial du départ routier (Riaumont - Doran)]] , et de fait la communauté des RS représente un peu cela dans certains mouvements.
  
* De même les [[Raiders]] sont vus un peu pareil.
+
* En Belgique la [[Fédération des scouts catholiques]] Belges à partir de 1943  une [[Route des Hommes]], avec charte du ''Routier-Maître'' incluant une forte dimension spirituelle, mais qui va évoluer plus vers le social, avec "Fraternité de Route" en 1958.
 +
 
 +
* Le scoutisme peut aussi être considéré en tant que tel comme un ordre de chevalerie, et c'est l'option dès 1911 de l'[[Order of world scouts]], et de certaines associations traditionnelles comme la [[Fédération ordre scout]].
  
* Le scoutisme peut aussi être considéré en tant que tel comme un ordre de chevalerie, et c'est l'option dès 1913 de l'[[Order of world scouts]]
+
* De même l'esprit de corps des [[Raiders]] s'en rapproche, avec une dimension volontariste et plus moderne.
  
* D'autres projets d'organisation apparaissent parfois sur internet comme [http://ordrescout.fr.gd ici] ou [http://parati.fraternite.net/framechevscout.htm là]...
+
* D'autres projets d'organisation apparaissent parfois sur internet comme [http://ordrescout.fr.gd ici] ou [http://www.fraternite.net/forum/voirtopic.php?topic=6505&forum=13 là], ou aujourd'hui [https://scoutrembarre.olympe.in/?p=1714 autour du GHR].
  
 +
* Enfin les diverses organisations de [[Scoutisme d’adulte]] témoignent de ce soucis récurrent  à travers le monde de proposer plus qu'une simple association d'anciens à des scouts et guides adultes qui veulent vivre en "Scouts... toujours !"
  
= Voir aussi =
+
== Voir aussi ==
 
* [[Chevalerie#Scouts_de_France| Chevalerie]]
 
* [[Chevalerie#Scouts_de_France| Chevalerie]]
 
* [[Chevalier de France]]
 
* [[Chevalier de France]]
 
* [[Spiritualité]]
 
* [[Spiritualité]]
 +
* [[Scoutisme d’adulte]]
  
== Liens externes ==
+
=== Liens externes ===
* [http://www.soeurs-scjboran.fr/ Les Sœurs de la Sainte Croix de Jérusalem] -  
+
* [http://www.soeurs-scjboran.fr/Article-les-pionnieres-166.html Les Sœurs de la Sainte Croix de Jérusalem] - branche féminine (religieuses) fondée par le P. Sevin.
branche féminine (religieuses) fondée par le P. Sevin.
 
 
* Jalons historiques de [http://riaumont.eu/spip.php?article60 l'Ordre Scout] sur le site de Riaumont.
 
* Jalons historiques de [http://riaumont.eu/spip.php?article60 l'Ordre Scout] sur le site de Riaumont.
* Site allemand de la [[http://www.sjm-congregation.org/about/jacques%20sevin.html congrégation des Serviteurs de Jésus et de Marie]].
+
* Site allemand de la [http://sjm-congregation.org/htdocs/geschichte_vorgeschichte.html congrégation des Serviteurs de Jésus et de Marie].
  
 
{{références}}
 
{{références}}

Version actuelle datée du 5 août 2018 à 16:27

Pour les articles homonymes, voir ordre scout (homonymie) Disambig.svg


La notion d'Ordre peut s'entendre analogiquement dans plusieurs sens (ordre naturel, ordre chevaleresque, ordres religieux etc...). Certains la refusent en l'opposant dialectiquement à la notion de mouvement de jeunesse. Il est vrai aussi que cette notion d'Ordre Scout est liée à la reconnaissance d'une Spiritualité scoute, qui suscite encore des débats.

Historique du côté du Père Sevin

L'idée originelle du Père Sevin était de "sanctifier et maintenir", permettant ainsi à d'anciens scouts de continuer à vivre dans la spiritualité du scoutisme et son idéal chevaleresque. Dans ce but, il a écrit plusieurs projets, cherchant à en définir les principes, les règles et la spiritualité de ce que pourrait être cet Ordre Scout. Des interdictions ecclésiastiques ont empêché le Père Sevin de développer sa branche masculine. Mais la branche féminine, la Congrégation de la Sainte Croix de Jérusalem, a été fondée de son vivant et s'est développée jusqu'à aujourd'hui. Mgr Rupp et le le P. Albert Revet lancèrent également l'Institut Sainte Croix de Riaumont.

Historiquement on distingue clairement trois ou quatre périodes dans l'évolution des projets du P. Sevin.

Années 1920 - 1931

Dès le départ le Père Sevin, en rédigeant le règlement de la future Fédération des Scouts de France, pensait déjà à l’organisation d’un Ordre Scout pour les chefs - comme l’a montré le livre du P. Manaranche (S.J.) - afin de "sanctifier et maintenir" le scoutisme à la hauteur de sa mission surnaturelle. L’idée que le scoutisme pouvait amener à un "Plus haut Service" et que la Loi Scoute pleinement vécue imprégnée évangile, pouvait être un chemin de sainteté, lui était venue après la rencontre en Belgique d’un Commissaire scout qui voulait fonder dans l’Association belge une sorte de chevalerie mariale, vers 1918-1919.

« — " fonder à l’intérieur des Scouts de France une sorte de Tiers Ordre ayant pour but de former des scoutmestres d’élite, la scoumaîtrise étant œuvre d’apostolat.

  • accessible aux hommes mariés, donc deux catégories prévues.
  • divers degrés suivant la rigueur des obligations (Promesse ou vœu) sur quatre vertus : humilité, obéissance, pauvreté, chasteté.
  • sorte de noviciat ou temps d’essai.
  • grande valeur professionnelle dans le scoutisme, vie intérieure profonde, ascétisme chevaleresque.
  • pas de nom décidé, mais une certitude sur l’allure et le but : beaucoup de désintéressement, de détachement, de mortification intérieure, pratiques de piété non multipliées, mais sérieuses, de la souplesse dans la rigueur de l’ascétisme, mais de la générosité à plein cœur pour l’amour de Notre Seigneur, de Notre-Dame et des âmes d’enfants que nous, chefs, nous devons former…" »
lettre du P. Sevin à Jean Rupp, 30 septembre 1921

Dès la fin du 1er Cours à Chamarande (Pâques 1923), et surtout à Noël 1923, au cours de la retraite de chefs, il réunit les huit ou dix chefs au courant du projet. Il leur expose le plan un peu plus en détails, leur remet une image-souvenir : la communion du Chevalier (une sculpture en la cathédrale de Reims).

Mais certains aumôniers s’inquiétaient de l’influence du Père Sevin sur les chefs à Chamarande allant jusqu’à l’accuser d’y avoir suscité une organisation occulte "les chevaliers de St Georges"… Au milieu de janvier 1924, vives réactions de l’abbé Henri Cosson (curé de Saint-Jean-Baptiste de la Salle à Paris et membre du Comité Directeur SDF). Son rapport cite «la première critique vise la confrérie, sorte de T O.S. [Tiers-Ordre Scout], organisée au moins à titre d’essai, à Chamarande, par le R.P. Sevin C. G.». Le Chef scout Général de Salins estimait dangereux de créer une élite spirituelle qui eût divisé les cadres en deux classes : les membres de l’Ordre et les autres.

C'est aussi à la suite de ces difficultés, que démissionna le P. Sevin de son poste de Commissaire Général en 1924. La lutte d’influence commencée en 1921 se poursuivait et ne s’achèvera même pas lorsqu’en 1933 il sera déchargé de toutes ses fonctions.

En Décembre 1925, le Chanoine Cornette convaincu d’une baisse spirituelle chez les chefs encourage le P. Sevin à reprendre son projet. Et le 31 décembre, une messe dans la crypte de Saint-Bénigne à la fin du Congrès de chefs (Dijon) est organisée spécialement pour eux, avec l'Aumônier général. Le RP Alphonse Plazenet lance sa confrérie scoute de Saint Bernard.

Mais à nouveau l’intervention brutale de curés de Paris (Abbé Cosson) fait reculer le projet et en janvier 1926 le Vieux Loup le supplie de renoncer à son projet, le Général de Salins lui ayant déclaré : « Si le père Sevin n’arrête pas, je donne ma démission dans les 24 heures »...

Janvier 1929, suite à une nouvelle conversation avec le Chanoine Cornette, le P. Sevin reprend le projet resté enfoui depuis trois ans. Et ce sera la première réunion officielle de spiritualité qui eut lieu, pour les chefs, le 14 février 1929 en l’église St Leu - St Gilles à Paris (église capitulaire des Chevaliers de l’Ordre du St Sépulcre) en présence d’une dizaine de chefs (dont Jacques Astruc, Pierre de Montjamont, François de Brétizel). Edouard de Macedo, lors de cette réunion en vue de l’Ordre Scout, présidée par le chanoine Cornette, tint à être présent pour pouvoir en cas de difficultés officielles, se porter garant "de notre loyalisme et de notre esprit". Cette veillée d’armes et adoration fut suivie d’une réunion tous les 15 jours (une fois, adoration à Saint-Leu -Saint-Gilles, et l’autre fois conférence spirituelle).

Le but du projet de 1929 peut se résumer en ceci :

« — « Fournir à l’Association des Scouts de France, et éventuellement à d’autres, des chefs et des cheftaines stables, d’une vertu et d’un dévouement à toute épreuve, d’un loyalisme absolu, à qui l’Association peut tout demander...

  • Donner à ceux qui le désireraient le moyen de réaliser leurs désirs de vie religieuse dans le cadre de l’apostolat scout.
  • Promouvoir l’esprit et les méthodes d’éducation du scoutisme...

Pour atteindre ce but, trois branches possible : prêtres, chefs et cheftaines. Pour ces derniers, deux possibilités : Ordre et Tiers Ordre. En résumé, vocation active et apostolique (...)  »

Pour former des chefs, l’Ordre Scout, 1929

Pour éviter les critiques, le chanoine Cornette fit examiner le projet par l’abbé de Grangeneuve (au départ plutôt réticent) qui conclut son rapport en disant que l’Association des Scouts de France n’avait pas le droit de s’opposer à cette fondation qui répondait de toute évidence à un besoin des âmes.

En septembre 1929, bénédiction du premier fanion par le chanoine Cornette : fanion blanc frappé de la croix potencée écarlate de Jérusalem avec, au centre, une fleur de lys d’or cantonnée de quatre fleurs de lys (voir aussi son premier drapeau du P. Sevin pour les "Guides" de Mouscron). Puis retraite à Valloire, où le Père Sevin présenta la règle provisoire de l’Ordre des Chevaliers de la sainte Croix de Jérusalem. 

Ce qu’on appelait alors l’O.S. (Ordre Scout) prévoyait d’associer :

  • les chevaliers d'alliance (des laïcs mariés),
  • les chevaliers francs (des consacrés),
  • les chapelains de l'Ordre (branche sacerdotale).

Les chevaliers d'alliance auraient été organisés sur le principe d'un Tiers-Ordre, dans lequel l'engagement à l'oraison quotidienne, la communion fréquente, la pratique fréquente du sacrement de réconciliation... Cette classe s'adresserait à des anciens scouts et guides souhaitant approfondir leur vie de prière. Elle aurait été composée uniquement de laïques.

Les chevaliers francs, quant à eux, sont des religieux comme dans n'importe quel ordre existant, à la différence près qu'ils auraient été d'anciens scouts ou guides.

Ceux-ci auraient vécu en religieux, dans des prieurés ou des monastères propres à l'Ordre Scout. Ce qui en aurait fait un véritable ordre religieux.

Les chapelains auraient uniquement été des accompagnateurs spirituels des chevaliers d'alliance. Ils n'auraient donc pas été liés à l'Ordre Scout par des vœux et seraient restés avec leurs charges diocésaines.

Pour ouvrir l’année 1931, dans son éditorial d'année de la revue Le Chef, le père Sevin publie son fameux : « Vers un Ordre Scout  ».

« L’Ordre scout, c’est la hiérarchie des choses telle que le scoutisme la suppose, la veut ou la fait. Le scoutisme n’est pas une philosophie, mais une éducation, et comme toute éducation, il implique une philosophie. II suppose une certaine conception de ce que doit être l’homme vraiment homme, la vie vraiment vie.

(…) Il y a donc bien place, en ce sens-là, pour un certain «ordre» scout qui a pour seule originalité de vouloir être chrétien à fond, et de croire que c’est possible.

Famille spirituelle, j’ai prononcé le mot. »

Et le 31 mars 1931, l’expérience des chefs ayant réussi, le moment semblait venu de tenter la même expérience près des cheftaines. La première réunion regroupa dix ou douze cheftaines autour du père Sevin et du chanoine Cornette qui dit tout ce qu’il attendait de cette nouvelle fondation, pour le bien du scoutisme.

À la Pentecôte, l’Aumônier Général accompagna même le père Sevin à Valloires pour étudier sur place la fondation du noviciat féminin.

Années 1931 – 1941

Mais bientôt la cabale repris, avec certains ecclésiastiques séculiers (comme le Chanoine Henri Cosson ) et religieux (dont les Dominicains), le directeur des œuvres de Versailles l'abbé Richaud [1], et le Chef scout Guyot de Salins menaça à nouveau le chanoine Cornette de donner sa démission si le père Sevin ne cessait pas immédiatement cette activité.

On se plaignit au supérieur du P. Sevin, le père Thoyer qui demanda un rapport sur la question et (sans l’attendre, sans envoyer aucun document au T.R.P. général des Jésuites), émit pour des raisons de difficultés extérieures une opinion défavorable, ce qui provoqua une réponse négative.

Cette réponse fut communiquée a père Sevin le 31 juillet 1931, en la fête de saint Ignace : L’O.S. en tant qu’Ordre ne pouvait exister ; un simple Cercle spirituel, considéré comme sans avenir, était tout ce qui pouvait survivre. Le père Thoyer avouait cependant au père Sevin : «Vous publieriez ce règlement, il prendrait comme la poudre»...

Le P. Sevin s’inclina et sans amertume se contenta, comme on le lui demandait, d’un simple Cercle spirituel, que chacun s’attendait à voir disparaître. Pour le Jésuite très obéissant (perinde ac cadaver) que restera toujours le P. Sevin, cette décision crucifiante marque la fin d'une époque... et le début d'une autre ! Il ne pouvait plus parler de l’O.S. en tant qu’Ordre.

Après avoir dû finalement, par obéissance, abandonner en 1933 ses fonctions de Commissaire à la Formation des Chefs à Chamarande (mais également l’Office International des Scouts Catholiques et la revue Le Chef qu’il avait fondés), le Père Sevin n’avait plus eu le droit que d’animer un cercle spirituel (voir par exemple dans la lettre du cercle n°6 du 1er juin 1936 son article : "Le Scoutisme est-il ou a-t-il une Spiritualité ?") et de prêcher quelques retraites.

Ses contacts avec les Chefs furent dès lors sévèrement surveillés (et même dénoncés). Les interdictions ecclésiastiques empêcheront jusqu'à sa mort de développer la branche masculine. En novembre 1935, quatre chefs viennent ainsi demander au père Sevin de fonder un couvent scout. Mais le P. Sevin se veut fidèle et loyal à l’interdiction de 1931, et il refuse. Il oriente alors certains jeunes qui voulaient s'y consacrer (comme Lucien-Marie Dorne[2]) vers le séminaire d'Issy-les-Moulineaux où Marc Lallier est professeur.


Le besoin spirituel demeurant toujours présent au niveau de l'encadrement des Scouts de France, c'esty à cette même époque (début 1932) que le Père Plazenet fonde avec quelques Scouts-Routiers de la Réunion des Étudiants, le 104) une association spirituelle sous le nom de Compagnie Scoute de Saint Bernard. Ces chefs y renouvelleront leur promesse, et s’engagent en outre "à travailler de toutes mes forces à ma sanctification personnelle et celle de mes frères scouts".

On peut noter d’ailleurs qu'il n'y a pas qu'en France que le scoutisme catholique ressentit ce besoin. Par exemple à Sumatra (Indonésie) au début des années 1950, on trouvera aussi un Institut religieux "Gezellen Van Sint Joris" (Compagnons de St Georges) consacré aux œuvres de jeunesse et plus spécialement dans les rangs du Scoutisme.


Toujours est-il qu'après cette interdiction ce furent surtout d’anciennes cheftaines et les Guides de France qui profitèrent de l'enseignement du P. Sevin. Le Cercle de cheftaines continua, tout en subissant de profondes modifications.

« Bien que prévenues que seul un "Cercle" est possible et autorisé en ce moment, elles ne renoncent pas à l’espoir de réaliser une vocation proprement dite, dans le cadre de l’O.S. qu’elles, envisagent pour elles-mêmes comme surtout contemplatif ; ces âmes sont décidées à attendre autant qu’il le faudra ».

Toutes celles de 1931 quittèrent le Cercle ; certaines sont parties, découragées, ne voyant pas l’aboutissement de leur désir. Mais en 1935, ce Cercle spirituel prend un nouvel essor avec l’arrivée de Jacqueline Brière.

En 1938, le P. Sevin commence la rédaction du commentaire des Positions Spirituelles et d'un "Mémoire n°1" (complété par le "Mémoire n°2" en janvier 1941), afin que cet «Ordre scout» puisse un jour prendre corps, même s'il venait à disparaître. Il envisage donc, suivant son plan :
1° une branche sacerdotale,
2° une branche pour les chefs,
3° une branche pour les cheftaines.
Dans ce Mémoire n°2 apparaissent clairement les différences entre l’Ordre Scout de 1931 et le Cercle spirituel qui va suivre, seul autorisé jusqu'en 1951.

Années 1941 – 1951

C'est en novembre 1941 que Jacqueline Brière prend la direction du groupe qui s’achemine vers une vie religieuse. Ce seront les "Dames de la Sainte Croix de Jérusalem" dont elle sera la cofondatrice, et qui commencent leur vie communautaire le 15 janvier 1944.

En 1947 et 1948, le Père Forestier Aumônier Général SDF - qui avait reçu de l’Assemblée des Archevêques et Cardinaux dès 1936 la consigne secrète de s’opposer[3] à tout ordre religieux issu du scoutisme - se plaint à l’Action Catholique de cette fondation et du fait que le père Sevin en parle. Mais en juin 1949, l’évêque de Beauvais, Mgr Rœder, accepte Sainte Croix de Jérusalem comme « pieuse union » de droit diocésain qui s’installe à Boran-sur-Oise.

Ce rappel à Dieu du P. Sevin, et l’interdiction qu’on lui avait fait de grouper des aumôniers scouts ou anciens scout, n’ont pas permis le lancement de son vivant des Frères et des Pères pour lequel il avait commencé à adapté ses "Positions" Sacerdotales". Actuellement 3 Prêtres (2 du diocèse d’Arras, 1 du diocèse de Luçon) demandent "à commencer absolument" cette année 1950". Le Père Sevin avait fait part de ses projets d’Ordre scout au Père Revet lors d’une brève rencontre au pèlerinage de Vézelay en 1946 (lettre du 13 décembre)".

Peu avant la mort du Père Sevin, Mgr Rupp, ancien Assistant de Chamarande devenu évêque auxiliaire de Paris, reçut du fondateur la mission de continuer son œuvre "plusieurs jeunes étaient prêts à s’offrir" (Semaine religieuse de Paris 25 août 1951). C’est lui qui, le 12 octobre 1952 sera appelé pour la bénédiction du monument érigé sur la tombe du P. Sevin. Et au Jubilé de la Sainte Croix de Jérusalem en 1959, le Père H. Vanderhaghen rappellera encore : " Mgr Rupp qui célèbre la Messe au milieu de nous ce soir, c’est à lui qu’avant de mourir le Père avait confié ses filles… "

Années 1951-1991

C’est ainsi que Mgr Rupp devint le premier Supérieur de la branche masculine de l’Ordre de la Sainte Croix de Jérusalem, qui ne pouvait prendre corps qu'après la mort du religieux encore interdit. Sous forme d’une " pieuse union "elle va d'abord être érigée canoniquement dans les diocèses d’Arras et de Monaco (des ordinations de prêtres ont eut lieu à ce titre).

En 1959 le Père Revet participera à une retraite à Boran, et des religieuses de la Sainte Croix viendront l’aider à des camps. Mais les liens vont se distendre, et des problèmes de personnes surgirent également, qui finirent par couper tout contact.

A partir de 1963 les membres de la branche masculine se regroupèrent sous la forme nouvelle d’Institut Séculier. En 1968 un chapitre général des prêtres de la Sainte Croix de Jérusalem se tient à Lens où le Père Albert Revet présenta une conférence sur la spiritualité scoute.

Il revient aux sœurs de la Sainte Croix de Jérusalem l’honneur d’avoir fait ouvrir le procès de béatification du P. Jacques Sevin.

l’Institut Sainte Croix de Riaumont fut érigé canoniquement par Rome en 1991, et deux ans plus tard le cardinal Mayer vint à Liévin procéder à l’ordination du R.P. Alain Hocquemiller (actuel Prieur).

Autres projets d'ordres scouts

  • Citons encore, parce qu'ils se réclament du même scoutisme catholique, les Servi Jesu et Mariae - à ne pas confondre, avec ceux d’Ourscamp - comme autres " cousins germains". Il furent fondés par le Père Andreas Hönisch (jésuite allemand, aumônier à l’origine de la K.P.E., branche catholique des Scouts d’Europe allemands), et sont actuellement implantés en Autriche, en Bavière, ainsi qu'au diocèse de Toulon.
  • De même l'esprit de corps des Raiders s'en rapproche, avec une dimension volontariste et plus moderne.
  • D'autres projets d'organisation apparaissent parfois sur internet comme ici ou , ou aujourd'hui autour du GHR.
  • Enfin les diverses organisations de Scoutisme d’adulte témoignent de ce soucis récurrent à travers le monde de proposer plus qu'une simple association d'anciens à des scouts et guides adultes qui veulent vivre en "Scouts... toujours !"

Voir aussi

Liens externes


Notes et références


  1. lettre de Mgr Richaud à Mgr Courb (1947) : "Je me rappelle fort bien que c’est cette initiative du père Sevin qui a fait prendre par l’Assemblée des Archevêques la décision de l’éloigner du scoutisme. Il a paru, en effet, inadmissible qu’une association pareille à un Tiers-ordre ou Ordre, destinée à des éléments scouts, en tant que scouts, et s’appuyant sur les principes d’éducation du scoutisme, puisse être fondée et dirigée en dehors et à l’insu de l’autorité diocésaine déléguée par l’évêque pour la direction spirituelle du scoutisme"
  2. cf. témoignages du fondateur de la famille missionanire ND des Neiges sur https://fmnd.org/presentation.php?id_texte=9
  3. Ce n'est qu'au moment de la reconnaissance officielle de la congrégation par l'Église en 1963 qu'une lettre du père Forestier o.p., donnera l'explication «Je n’ai reçu qu’une directive. Qu’une consigne : ne pas permettre qu’un ordre religieux se présentât comme issu de l’Association des Scouts de France, ou comme son aboutissement normal. Une défense formelle venait, me disait-on, en haut lieu, d’être intimée dans ce sens à un religieux. Je ne devais absolument pas faire état de cette consigne, ce en quoi je me trouvai bien ennuyé… Ces directives m’avaient été transmises par deux prélats qui sont encore en vie» .
Univers scout • Voir aussi : spiritualité