Scouts français martyrs du nazisme

Cette liste d'une vingtaine de Scouts de France fait partie d'un groupe de cinquante chrétiens Français, dont le décret de reconnaissance de leur martyre "en haine de la Foi"[1] à ouvert la voie à leur béatification (prévue le 13 décembre 2025 à Paris[2]). Ces figures de jeunes doivent pouvoir inspirer les scouts qui ont fait la même promesse, spécialement du côté de Paris, de Vincennes, Bourges, Toulon, du Havre, Lyon, Angers, Avallon, Laval… On y trouve au moins quatre Scout-Routiers (avec date de leur Départ) et un chevalier de France.
Contexte historique de l'apostolat du STO en Allemagne[3][modifier]
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les prisonniers de guerre étaient théoriquement sous la convention de Genève, qui leur assurait le droit à avoir des aumôniers. Mais parmi les Français, environ 300 000 jeunes se sont retrouvés avec un statut particulier : ils ont été envoyés en Allemagne comme ouvriers, par complicité entre le régime de Vichy et les nazis. Dans le cadre de ce Service du travail obligatoire (STO), ces jeunes qui avaient entre 19 et 25 ans étaient engagés pour au moins deux ans afin de contribuer à l’effort de guerre, en particulier dans la métallurgie. Ils recevaient symboliquement un salaire, avaient deux semaines de vacances par an. Toutefois il était hors de question de leur donner une assistance spirituelle car ils n’étaient pas protégés par la convention de Genève.
Des évêques français, en particulier le cardinal Emmanuel Suhard (1874-1949), archevêque de Paris, et l’abbé Jean Rodhain, initiateur du Secours catholique, ont porté le souci de ces jeunes. Ils ont mis sur pied ce qu’ils ont appelé "la mission saint-Paul", qui a consisté à envoyer des prêtres, des séminaristes, des religieux, des militants de l’Action catholique, des scouts, pour aller exercer un apostolat auprès des jeunes ouvriers déportés. Ces volontaires savaient en partant qu’ils y allaient sans aucune protection, pour un apostolat clandestin.
Les choses se sont corsées lorsque le 3 décembre 1943 est parue l’ordonnance Kaltenbrunner[4], qui n'était autre qu’un décret de persécution. Cette circulaire demandait l’élimination de tous ceux qui menaient une activité religieuse auprès des jeunes travailleurs civils français. À partir de ce moment-là, tout ce que ces missionnaires faisaient était sous le couperet de la peine de mort. On considérait leurs activités comme anti-allemandes – alors qu’il s’agissait uniquement de venir en aide à ces ouvriers de diverses manières, apportant les sacrements, encourageant les uns, soutenant les autres. C’est pourquoi on parle du "martyre de l’apostolat".
La plupart d'entre eux étaient des requis du STO qui ont été déportés pour avoir contrevenu aux dispositions d'un décret du 3 décembre 1943 qui interdisait toute activité d'apostolat catholique au sein des requis du service du travail obligatoire. Des scouts engagés dans des activités caritatives ou même scoutes, furent ainsi condamnés à mort pour cette raison.
Témoignant au milieu de ces souffrances d'un exemple extraordinaire de dévouement, ces martyrs de l'Apostolat ayant ont vécu un calvaire sont morts dans des conditions terribles. Ils ont tous succombé "à cause des souffrances liées à l’incarcération". Certains ont été exécutés, certains même massacrés, beaucoup ont été torturés. D’autres encore sont morts parce que le typhus faisait des ravages considérables, et ils n’étaient pas soignés, ou pire : ceux qui étaient contaminés étaient mis à "l’infirmerie" et les soi-disant médecins nazis faisaient des "expériences" pour voir comment la contagion s’opérait. Certains ont perdu la vie durant la "marche de la mort". Lorsque les alliés avançaient, les Allemands vidaient les camps d’ouvriers et les faisaient partir à pied la plupart du temps. Celui qui tombait en route était immédiatement tué.
Parmi ces 50 martyrs français dans l'Allemagne nazie, on peut en dénombrer 20 :
- 13 scouts, dont deux qui ont fait le pèlerinage du Puy en 1942. Certains ayant prononcé leur Promesse au stalag.
- 4 ecclésiastiques qui ont été aussi scouts (et même totémisé) voir aumôniers scouts.
- 3 jeunes qui ont été scouts avant d'être de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (mais classés comme "JOC" dans cette cause collective de béatification).
NB : Marcel Callo, né le 6 décembre 1921 à Rennes, mort le 19 mars 1945 à Mauthausen (motif de son arrestation: "Monsieur est beaucoup trop catholique") faisait partie en 1982 de cette cause collective des "51 Martyrs de l'apostolat". Mais à l’époque, l’archevêque de Rennes n’a pas souhaité attendre la constitution de tous les autres dossiers et l’a sorti de ce groupe, ce qui a permis qu'il soit le premier béatifié en 1987.
Comme lui, d'autres Jocistes sont passés aussi par le scoutisme. Dans la liste des 50 ci-dessous on relève ainsi :
Parmi les requis au S.T.O.[modifier]
- Jean Tinturier[5], séminariste mort à Mauthausen 16 mars 1945, qui était un Scout de France à la 2e Bourges, même s'il est noté surtout comme Jociste dans cette liste des 50 martyrs.
- Claude (Colbert) Lebeau[6], né le 23 octobre 1922 à Paizay-le-Sec (Vienne) scout puis JOC à Châtellerault. Mort à Zöschen le 3 janvier 1945.
- l'Abbé Pierre de Porcaro[7], né le 10 août 1904 à Dinan, aumônier scout à St Germain en Laye[8], mort le 12 mars 1945 à Dachau.
- l'Abbé René Giraudet[9], mort à Oranienburg le 12 juin 1945, était aumônier clandestin de ces Scouts de France à Berlin.
- Lucien Croci[10], né à Aubervilliers le 15 novembre 1919 et baptisé à Argenton sur Creuse, a été louveteau à partir de 1929 et scout à Vincennes, avant d'y lancer une section de JOC en 1933. Mort à Sachsenhausen le 27 mars 1945.
- Robert Beauvais[11],[12], né le 5 octobre 1922 à Paris, scout à 14 ans à la 28e Paris (La Madeleine, district de Paris-Ouest), promesse le 17 mai 1937, seconde classe et second de patrouille, mort le 10 janvier 1945 à Neuengamme n°57918.
- Bernard Perrin, né le 20 février 1921 à Lyon, scout à la troupe Charles de Foucauld 1re Lyon, mort le 22 avril 1945 à Mauthausen-Güsen. Fonde le Clan Albert de Mun et participe au pèlerinage de Lourdes-Le Puy en aout 1942. Requis au STO, il prend secrètement son départ routier le 15 août 1944.
- Joël Anglès d’Auriac, né le 25 février 1922 à Toulon, Scout-Routier à Toulon (16 mai 1943) au clan St Martin, décapité le 6 décembre 1944 à Dresde (motif de condamnation : "parce qu'il est contraire à la conscience de s'opposer à la construction du monde nouveau"). Fonde une Patrouille de Routier en 1943 en Allemagne (ND Esperance). "Voici le dernier message de votre ami Joël... Je meurs avec le sourire, car le Seigneur est avec moi, et je n'oublie pas qu'un Routier qui ne sait pas mourir n'est bon à rien... Adieu Frères Routiers, ma dernière parole : Ne quittez pas le Scoutisme. ADIEU."
- le Frère Gérard Cendrier, né le 16 juin 1920 à Paris, mort le 24 janvier 1945 à Langestein (kommando de Buchenwald). Totémisé Pélican Sentencieux, Gérard était scout à la 8e Paris, paroisse St Jean-Baptiste de la Salle, il prononça sa promesse le 6 mai 1934. Routier, il commence des études de droit, puis entre chez les Franciscains le 16 décembre 1940, où il prit le nom de Frère Martin.
- Jean Lépicier[13], né le 23 avril 1921 à Feneu, Jociste et scout (?) à Angers, mort le 20 mars 1945 à Langenstein en convoi vers Buchenwald.
- Bernard Morizot[14], né le 2 avril 1924 à Avallon, scout à Avallon (89), mort le 20 avril 1945 abattu par les SS dans une colonne d'évacuation du camp de Buchenwald près de Jessen.
- Gaston Raoult[15], scout du Havre, né le 9 septembre 1921 au Havre , mort le 16 janvier 1945 à Buchenwald (motif de condamnation : "responsable du scoutisme dans la région"). En 1934 il était CP des Mésanges à la troupe Sainte-Cécile, puis devient Routier et Assistant Chef de Troupe à la 6e Le Havre.
Parmi les prisonniers de guerre[modifier]
- Louis Didion[16], scout en camp de prisonnier au Stalag VI A près de Cologne, né le 2 mai 1917 à Ghyvelde (59), mort le 17 février 1945 à Buchenwald.
- Robert (Modeste) Saumont[17], scout en camp de prisonnier, né le 18 janvier 1919 à Oissel, mort le 9 avril 1945 à Langenstein (kommando de Buchenwald). Confié tout jeune à l'Assistance publique près de Rouen, capturé dans la poche de Dunkerque en juin 1940, Robert écrit le 13 novembre 1943 : "Je veux devenir scout car j'y vois mon idéal (...) pas de meilleur que celui de se dévouer pour son prochain. Aimer son Dieu, aimer son prochain doit être le programme de tout Routier." Il prononça sa promesse le 16 janvier 1944 au kommando 624 (Stalag VI G) près de Cologne.
- Raymond Louveaux[18], né le 12 avril 1913 à Aubervilliers, scout à la 1e Saint-Mandé, routier à St Ambroise (75011), chevalier de France. Marié, père d'une petite fille. Croix de guerre, prisonnier au Stalag VI G (Bonn) où il est Chef de Clan Routier. Déporté à Buchenwald et assassiné avec Maurice Bouchard le 12 avril 1945 dans le train de la mort vers Dachau.
- Philippe Maurice Bouchard[19], devenu scout en camp de prisonnier] dans la Ruhr, né le 7 mars 1916 à Nantes, au collège à Dijon[20], découvrit le scoutisme et prit son Départ Routier le 23 avril 1944 au Stalag VI G, abattu le 12 avril 1945 par les SS dans le train de la mort parti de Buchenwald à Nürschan (Tchécoslovaquie).
- Robert Défossez[21], scout au camp de prisonnier, né le 3 juin 1920 à Cambrai, mort le 19 janvier 1945 à Langensalza lors d'un transport au camp de Buchenwald. Il prononça sa promesse derrière les barbelés dans le "Groupe Notre Dame" de Raymond Louveaux.

- René Boitier[22], né le 8 mars 1917 à Faremoutiers, scout en camp de prisonnier, mort le 1er mai 1945 à l'arrivée du train de la mort à Dachau. Il devient scout au kommando 624 du Stalag VI G, avec Raymond Louveaux (cf. photo de sa promesse scoute, le 15 août 1943 avec Jean Bernier et l’abbé Harignodoquy).
- Jean Préhu[23], né le 27 mars 1920 à Laval, JEC & scout à Laval. Prisonnier le 17 juin 1940, Raymond Louveaux reçoit sa promesse au Stalag VI G à Bonn, puis intègre l'équipe ND de la Route de Jean Bernier et du père Harignodoquy au kommando 624. Déporté à Buchenwald, il meurt le 27 avril 1945 dans le "train de la mort" entre Weimar et Dachau, des suites du mitraillage par les Alliés.
- Jean Bernier[24], né le 24 juin 1920 à Haironville, mort le 16 juin 1945 à l’hôpital d’Emmendingen. Départ Routier le 21 février 1943, au kommando 624 du Stalag VI G de Godesberg Chef du Clan "Notre-Dame de la Route" en camp de prisonniers. "Dans cette promesse, je voudrais garder et découvrir de plus en plus, le vrai devoir de catholique, prêt à servir dans les rangs de ceux qui se donnent." Faisant partie d'un « convoi de la mort » de Buchenwald vers Dachau, libéré par les américains il refuse d'être évacué en priorité, alors que son état le réclamait.
Source[modifier]
- Mgr Charles Molette, Martyrs de la résistance spirituelle, François-Xavier de Guibert, 7 juillet 1999, 1130 p. (ISBN 2-86839-599-6)
- Armand Duval, (préf. de Mgr Charles Molette), Missionnaires et martyrs, 51 témoins du Christ face au nazisme, François-Xavier de Guibert, 7 juillet 2005, 272 p. (ISBN 2-7554-0009-9)
20 Scouts de France martyrs de l'apostolat dans le Reich nazi sur Mémorial de Riaumont. Consulté le 17 octobre 2025.
Dominique Morin, « Biographies de 50 martyrs catholiques de France au sein de l’Allemagne nazie », juillet 2016. Consulté le 23 juin 2025.- Dominique Morin, (préf. de Émile Poulat), Résistances chrétiennes dans l'Allemagne nazie : Fernand Morin, compagnon de cellule de Marcel Callo, Karthala, 2014, 246 p. (ISBN 978-2811111564).
Notes et références
- ↑
Promulgazione Decreti 20 giugno 2025 sur Dicastère pour les causes des Saints, 20 juin 2025. Consulté le 23 juin 2025.
- ↑ Béatification de Raymond Cayré, Gérard-Martin Cendrier, Roger Vallée, Jean Mestre et de leurs 46 compagnons sur Archidiocèse de Paris. Consulté le 1er septembre 2025.
- ↑ D'après Père Bernard Ardura, postulateur : La vie des 50 Français martyrs du nazisme évoquée par le postulateur de leur cause sur Aleteia, 27 juillet 2025. Consulté le 1er septembre 2025.
- ↑ Ordonnance de Kaltenbrunner, chef de l’Office central de sécurité du Reich du 3 décembre 1943 sur Diocèse de Paris. Consulté le 26 novembre 2025.
- ↑ Jean Tinturier (20 février 1921 - 16 mars 1945), l’un des Douze de la Mission de Thuringe sur foietculture-berry.fr, 7 mars 2025. Consulté le 1er septembre 2025.
- ↑ Colbert Lebeau: un martyr dans notre paroisse. sur Paroisse Saint Pierre II en Chauvinois. Consulté le 1er septembre 2025.
- ↑ Yvelines : Saint Germain en Laye sur Association nationale des scouts français anciens combattants. Consulté le 1er septembre 2025.
- ↑ Cf. reliques souvenirs (dont son ceinturon scout) à la sacristie de sa paroisse à St Germain en Laye. Yvelines : Saint Germain en Laye sur Association nationale des scouts français anciens combattants. Consulté le 1er septembre 2025.
- ↑ Vendée : Saint-Hilaire-du-Bois sur Association nationale des scouts français anciens combattants. Consulté le 1er septembre 2025.
- ↑ Éric Belouet, « CROCI Lucien » sur Dictionnaire biographique des fusillés, guillotinés, exécutés, massacrés, 1940-1944. Consulté le 1er septembre 2025.
- ↑ Robert Beauvais, scout sur Diocèse de Paris. Consulté le 26 novembre 2025.
- ↑ Dominique Morin, « Robert BEAUVAIS » sur Mémoire et Espoirs de la Résistance. Consulté le 1er novembre 2025.
- ↑ Dominique Morin, « Jean LÉPICIER » sur Mémoire et Espoirs de la Résistance. Consulté le 1er novembre 2025.
- ↑ Yonne : Avallon, carré 6 du cimetière sur Association nationale des scouts français anciens combattants. Consulté le 1er septembre 2025.
- ↑ Seine Maritime : Rouelles sur Association nationale des scouts français anciens combattants. Consulté le 1er septembre 2025.
- ↑ Dominique Morin, « Louis DIDION » sur Mémoire et Espoirs de la Résistance. Consulté le 1er novembre 2025.
- ↑ Dominique Morin, « Robert SAUMON » sur Mémoire et Espoirs de la Résistance. Consulté le 1er novembre 2025.
- ↑ Dominique Morin, « Raymond LOUVEAUX » sur Mémoire et Espoirs de la Résistance. Consulté le 1er novembre 2025.
- ↑ Dominique Morin, « Philippe Maurice BOUCHARD » sur Mémoire et Espoirs de la Résistance. Consulté le 1er novembre 2025.
- ↑ Côte d'Or : Dijon sur Association nationale des scouts français anciens combattants. Consulté le 17 avril 2026.
- ↑ Nord : Cambrai, Pavé Robert Défossez sur Association nationale des scouts français anciens combattants. Consulté le 1er septembre 2025.
- ↑ Dominique Morin, « René BOITIER » sur Mémoire et Espoirs de la Résistance. Consulté le 1er novembre 2025.
- ↑ Dominique Morin, « Jean PRÉHU » sur Mémoire et Espoirs de la Résistance. Consulté le 1er novembre 2025.
- ↑ Meuse : Bonzée en Woëvre sur Association nationale des scouts français anciens combattants. Consulté le 1er septembre 2025.