Edmond Fleg

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Edmond Flegenheimer, dit Edmond Fleg (né le 26 novembre 1874 à Genève et mort le 15 octobre 1963 à Paris) était un écrivain, penseur, romancier, essayiste et homme de théâtre français du XXe siècle, chantre du peuple juif, de sa culture et de ses traditions.

Sa notoriété d'écrivain juif français s'étendait bien au delà de la France et de l'Europe.

Sensibilisé par l'Affaire Dreyfus, Edmond Fleg - comme Théodore Herzl, André Spire et d'autres grands esprits - prit alors conscience de sa vocation juive à laquelle il demeura fidèle pour le restant de ses jours.

Issu d'une famille alsacienne venue s'installer à Genève après la guerre franco-allemande de 1870, Edmond Fleg a été imprégné, dans son enfance, de culture française peu teintée de judaïsme. Il compléta ses études à Paris où il s'établit définitivement avant la première guerre mondiale et, fidèle à une tradition familiale, il combattit en qualité de volontaire dans l'armée française.

Dans les années 1920, Robert Gamzon parla à Edmond Fleg de son jeune mouvement des Éclaireurs Israélites de France et lui en proposa la présidence. Celui-ci accepta, en déclarant :

« Tous les enfants juifs, quelle que soit leur éducation familiale et juive, doivent pouvoir être E.I. Aucun cloisonnement n'est admissible. »

Il assura alors la présidence de 1935 à 1949.

Retraçant les positions d’Edmond Fleg, Robert Gamzon écrira plus tard :

« Ses vues correspondaient admirablement aux miennes, et j’étais heureux de voir un homme de la valeur de Fleg penser comme moi que le scoutisme pouvait être une occasion unique de rassembler toutes les tendances de la jeunesse juive de France. »

Connu dans ce mouvement sous le nom de Chef Fleg, il sera l'inspirateur et le conseiller de son jeune fondateur Robert Gamzon pendant de nombreuses années. Il a conforté leur projet éducatif pluraliste qui permet jusqu'à aujourd'hui aux jeunes juifs issus de tous les milieux sociaux et de toutes les tendances du judaïsme : pratiquants orthodoxes et libéraux, non-pratiquants, sionistes, ... de vivre ensemble l'unité annoncée du Peuple juif dans leurs activités scoutes.


Une de ses œuvres les plus marquantes écrite en 1928 est un acte de foi émouvant, bref et dense, qui porte le titre "Pourquoi je suis Juif" :

« Je suis juif, parce que, né d'Israël, et l'ayant perdu, je l'ai senti revivre en moi, plus vivant que moi-même.
Je suis juif, parce que, né d'Israël, et l'ayant retrouvé, je veux qu'il vive après moi, plus vivant qu'en moi-même.
Je suis juif, parce que la foi d'Israël n'exige de mon esprit aucune abdication.
Je suis juif, parce que la foi d'Israël réclame de mon cœur toutes les abnégations.
Je suis juif, parce qu'en tous lieux où pleure une souffrance, le juif pleure.
Je suis juif parce qu'en tous temps où crie une désespérance, le juif espère.
Je suis juif, parce que la parole d'Israël est la plus ancienne et la plus nouvelle.
Je suis juif, parce que la promesse d'Israël est la promesse universelle.
Je suis juif, parce que, pour Israël, le monde n'est pas achevé : les hommes l'achèvent.
Je suis juif, parce que, pour Israël, l'Homme n'est pas créé : les hommes le créent.
Je suis juif, parce qu'au-dessus des nations et d'Israël, Israël place l'Homme et son Unité.
Je suis juif, parce qu'au-dessus de l'Homme, image de la divine Unité, Israël place l'Unité divine, et sa divinité.  »

Pourquoi je suis Juif, Edmond Fleg, 1928.


Il évoque son judaïsme dans un livre édifiant, dédicacé "à mon petit-fils qui n'est pas encore né". L'auteur explique avec force et clarté à son descendant éventuel, les raisons de sa propre fidélité au judaïsme. Hélas, l'interlocuteur supposé, l'héritier tant souhaité et déjà nanti d'un riche legs spirituel, n'a pas vu le jour, car les deux jeunes fils d'Edmond Fleg sont morts tragiquement en 1940, presque en même temps, l'un sur le front et l'autre à Paris.

Le petit-fils d'Edmond Fleg "qui n'est pas encore né" et qui ne naîtra jamais, dont l'écrivain et sa compagne portaient dignement et silencieusement le deuil, se trouvait compensé, sublimé par les jeunes EI. Avec son affection toute filiale et sa totale adhésion spirituelle, Robert Gamzon apportait au maître des centaines, des milliers de petits-fils qui chantent jusqu'à aujourd'hui le chant national du mouvement dont Fleg écrivit les paroles.

Les E.I.F. témoignaient au chef vénéré leur attachement et leur gratitude en toute occasion. Dans leur principale maison d'enfants transformée après la guerre en un internat de formation professionnelle, ils édifièrent une bibliothèque "Daniel et Maurice Fleg", en souvenir de ses deux fils disparus.

Plus tard, du vivant même de l'écrivain, ils plantèrent à son nom une forêt en Israël. Dans son allocution de remerciement, embrassant du regard l'assistance composée principalement d'éclaireuses et d'éclaireurs accompagnés de leurs chefs, le vieillard, tout de bienveillante noblesse, leur dit son émotion à la pensée qu'un jour prochain ils viendraient, là-bas, se reposer à son ombre...


Il écrira :

« Que la jeunesse créatrice de l'Éternel habite chacun de vos instants, ... Que jamais ni dans les pratiques de la religion, ni dans celle de la famille ou de l'amitié, ni dans l'accomplissement de vos devoirs de citoyens ou d'hommes, ni dans le plus humble travail, ni dans le plus humble plaisir, les froids mécanismes de l'habitude n'éteignent en vous l'étincelle créatrice qu'y alluma le reflet de la divinité. »


Edmond Fleg est l'un des fondateurs en 1948 de l’Amitié judéo-chrétienne de France avec, entre autres personnes, Jules Isaac.


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Président des Éclaireuses et éclaireurs israélites de France
de 1935 à 1949.

Léon Meiss