Chronologie des éclaireuses et éclaireurs de France
Cette chronologie rassemble les dates importantes de l'histoire des éclaireuses et éclaireurs de France. Pour la période antérieure à 1964 voir Éclaireurs de France.
1964-1980 : Création et refondation laïque[modifier]
Les Éclaireuses et Éclaireurs de France (EEDF) naissent en 1964 de la fusion de plusieurs mouvements scouts laïques historiques. La section neutre de la Fédération française des Éclaireuses (FFE) – l’association féminine fondée en 1921 – s’unit avec les Éclaireurs de France (EDF) – mouvement masculin fondé en 1911 – et les Éclaireurs Français (EF) initiés par Pierre de Coubertin. Cette fusion marque la création d’une association mixte et laïque, ouverte à tou(te)s sans distinction de religion, qui devient la branche laïque du Scoutisme Français (la fédération nationale reconnue par l’Organisation mondiale du mouvement scout, OMMS). La revue scoute « Tout Droit », héritée des EDF, change alors de nom pour L’Équipée afin de symboliser cette nouvelle union.
Dès ses débuts, le jeune mouvement EEDF doit intégrer des cultures et pratiques variées issues de ses composantes d’origine. Il prône une forte autonomie locale dans les groupes, ce qui conduit à une certaine hétérogénéité interne. Au tournant des années 1960, la société française est en effervescence : les événements de Mai 1968 et l’esprit des « Trente Glorieuses » bousculent la jeunesse. Les EEDF n’échappent pas à ces influences et connaissent un « grand remue-méninges » en interne. Les jeunes y expriment des revendications progressistes, posant des questions de fond sur la finalité du scoutisme laïque, la pédagogie et le fonctionnement du mouvement. Le scoutisme traditionnel est remis en question par une partie de la base, qui s’engage également dans des causes de l’époque (antiracisme, défense de l’environnement). Ces débats créent des clivages entre membres attaché(e)s aux méthodes classiques et partisan(e)s de réformes profondes.
Face à ces tensions croissantes, la direction des EEDF organise des assises nationales pour refonder le projet associatif. Une première série de « pré-assises » a lieu en 1971-1972, avec des discussions animées témoignant de la vigueur des désaccords. Les divergences atteignent leur paroxysme lors des Assises d’Avignon de 1974, événement marquant dans l’histoire du mouvement. Plus de 2 000 responsables et jeunes se réunissent pendant plusieurs jours afin de débattre démocratiquement de l’avenir de l’association. Cette assemblée exceptionnelle met en lumière l’opposition entre un courant dit « conservateur », attaché aux traditions du scoutisme, un courant « modéré » et un courant « réformiste » souhaitant adapter profondément les pratiques aux aspirations de la nouvelle génération. Le dialogue aboutit à la redéfinition du projet éducatif des EEDF tout en tentant de préserver l’unité. Il en ressort une affirmation renouvelée des principes fondateurs : la laïcité, la coéducation (mixité filles-garçons), la démocratie participative et l’ouverture sociale demeurent les piliers, mais les méthodes sont assouplies pour laisser plus de liberté aux unités locales. L’association encourage désormais l’auto-éducation et l’initiative des jeunes, adoptant un style moins militaire et plus participatif conforme à l’esprit de 1968.
Malgré les avancées d’Avignon, les tensions internes ne disparaissent pas du jour au lendemain. La période 1974-1978 reste délicate, certaines unités testant des pratiques pédagogiques très novatrices tandis que d’autres conservent un fonctionnement classique. Néanmoins, progressivement, le compromis trouvé porte ses fruits : le mouvement se stabilise à la fin des années 1970. En 1976, les EEDF organisent leur premier grand rassemblement national post-crise, intitulé « Top 76 », qui réunit environ 3 000 louveteaux, louvettes, éclaireuses, éclaireurs, aînées et aînés dans la Drôme autour d’un festival d’initiatives locales. Cet événement festif symbolise le regain de cohésion du scoutisme laïque après les tourments du début de la décennie.
Sur le plan institutionnel, les EEDF consolident également leurs relations externes durant ces années. Ils sont agréés par l’État comme mouvement de jeunesse et d’éducation populaire, ce qui leur permet de former leurs cadres (animation, direction) avec des certifications reconnues nationalement (BAFA/BAFD). En tant que membre fondateur de la Fédération du Scoutisme Français, l’association reste le représentant du scoutisme laïque auprès des pouvoirs publics et de l’OMMS. Les liens avec les associations sœurs de la Fédération (scoutismes catholique, protestant, israélite) demeurent globalement cordiaux, chacun affrontant ses propres évolutions internes (les Scouts de France connaissent par exemple leur « crise de la Route » durand les années 1950). Durant cette période, l’État encourage une coopération entre les mouvements : l’agrément Jeunesse et Sports conféré aux EEDF leur vaut des subventions et une reconnaissance officielle, en échange du respect de normes de sécurité et pédagogiques communes. Globalement, 1964-1980 est donc l’ère de la refondation pour les EEDF : nés de la fusion, ébranlés par les idéaux de 1968, puis régénérés par un débat démocratique exemplaire, ils abordent les années 1980 avec un projet éducatif clarifié et une identité laïque réaffirmée.
1980-2000 : Diversification, grands projets et défis d’un scoutisme en mutation[modifier]
Au début des années 1980, après la tourmente des décennies précédentes, les Éclaireuses et Éclaireurs de France entrent dans une phase de stabilisation et de renouveau. Les effectifs, en net recul dans les années 1970, commencent à se stabiliser comme c’est le cas dans l’ensemble du scoutisme français. L’association s’appuie sur les nouvelles orientations décidées en 1974 pour relancer ses activités. Elle diversifie ses programmes pédagogiques tout en maintenant le cap de la laïcité et de l’ouverture sociale.
Plusieurs événements nationaux majeurs ponctuent cette période et illustrent l’évolution du mouvement. En 1981, un grand camp national est organisé au centre EEDF de Bécours (Aveyron), rassemblant environ 3 000 participant(e)s. Innovant pour l’époque, cette rencontre met l’accent sur de nouveaux domaines d’activité : initiation à l’informatique et à la radio amateur, sensibilisation à l’écologie, ateliers scientifiques et d’expression créative. L’objectif est de montrer que le scoutisme laïque peut rester « dans l’air du temps » en intégrant les progrès technologiques et les enjeux contemporains. Bécours 1981 ouvre ainsi « de nouveaux chemins de l’aventure EEDF » et confirme la volonté de l’association de se renouveler tout en conservant ses valeurs.
En 1985, les EEDF réunissent à Mâcon 200 de leurs cadres et aîné(e)s pour réfléchir à l’avenir du mouvement lors des « 3 jours pour l’avenir ». Ce séminaire stratégique aborde la question de l’image du scoutisme laïque et de son attractivité pour la jeunesse des années 1980, dans un contexte où celui-ci peut sembler moins visible. Le slogan « Les Z’Éclés c’est le pied ! » témoigne de l’esprit d’enthousiasme qui anime alors les participants, désireux de communiquer positivement l’utilité de leur engagement éducatif.
La fin de la décennie est marquée par un projet pédagogique d’envergure, Navigator 1989, un grand jeu national d’une année impliquant toutes les tranches d’âge. Culminant par un rassemblement de 7 000 éclaireurs et éclaireuses au parc de La Courneuve en région parisienne, Navigator vise à concilier les pratiques parfois hétérogènes nées des expérimentations locales des années 1970 avec la méthode scoute traditionnelle. Une nouvelle pédagogie unifiée est ainsi proposée, mêlant l’inventivité issue de la période contestataire à des repères plus classiques du scoutisme (loi scoute, symbolique des branches, etc.). Lors de ce rassemblement de 1989, les EEDF publient un « Message aux enfants du Monde » écrit par les jeunes eux-mêmes, affirmant leur engagement en faveur de la paix, de la fraternité et de la protection de la planète. C’est une prise de position publique forte, dans la lignée humaniste du mouvement.
Parallèlement à ces réussites, l’association doit faire face à une scission. En 1988, un groupe minoritaire de responsables, regrettant l’abandon de certains aspects du scoutisme traditionnel, fait dissidence. Ces membres dissidents fondent la Fédération des Éclaireuses et Éclaireurs (FÉÉ), une structure séparée adoptant une pédagogie plus classique inspirée du modèle scout d’avant 1968. La scission est officialisée en 1989. Bien que limitée numériquement, la création de la FÉÉ révèle la persistance de tensions idéologiques au sein du scoutisme laïque : certaines unités étaient restées attachées à l’uniforme, aux cérémonials et à la progression personnelle formelle, alors que la majorité des EEDF avait évolué vers plus de souplesse. Ce départ de 1988 rappelle un précédent historique : dès 1947, les Éclaireurs Neutres de France (ENF) étaient déjà nés d’une scission des EDF sur fond de désaccords pédagogiques. Malgré ces divisions, les EEDF maintiennent le cap de la modernisation. La FÉÉ, de son côté, restera un mouvement de moindre importance fédérant de petites associations sans faire partie du Scoutisme Français.
Les années 1990 voient les EEDF poursuivre leurs grands projets éducatifs et renforcer leur cadre institutionnel. En 1991, l’association célèbre le 80e anniversaire de sa fondation (en se référant aux origines de 1911) avec diverses manifestations commémoratives, et organise le premier rassemblement national des aînés (Bat’Âclan) à Bécours. Quelques années plus tard, en 1996, l’opération Mosaïque réunit près de 6 000 enfants et jeunes en Aveyron, illustrant la capacité du mouvement à organiser des rencontres de masse autour de thèmes fédérateurs (le nom Mosaïque faisant écho à la diversité culturelle et sociale). La même année démarre le Défi Aînés, rendez-vous régulier destiné aux adolescents de 15-18 ans, pour stimuler leur engagement et l’échange entre clans de différentes régions.
Sur le plan des idées, un moment notable survient en 1998 : l’Assemblée générale des EEDF, tenue à Montluçon, adopte un document d’orientation majeur intitulé « L’Engagement des Éclaireuses et Éclaireurs de France ». Ce texte, véritable charte de valeurs, explicite l’idéal que le mouvement entend porter à l’aube du XXIe siècle. On y réaffirme la conception humaniste de la laïcité des EEDF (la laïcité étant entendue comme le respect de toutes les convictions dans un cadre neutre et émancipateur), l’importance de la solidarité, du respect de l’environnement (le terme d’« éco-citoyenneté » y apparaît) ainsi que les principes de coéducation et de démocratie locale qui font la spécificité historique du scoutisme laïque. Par ce manifeste, les EEDF souhaitent concilier leur héritage (ils rappellent notamment avoir été pionniers de la coéducation et de la participation des jeunes) et les défis à venir. C’est un exemple d’évolution statutaire à portée institutionnelle, dans la mesure où les statuts et règlements du mouvement intègrent ces définitions actualisées de ses finalités.
Durant les années 1980-2000, les relations externes des EEDF connaissent également des évolutions notables. La Fédération du Scoutisme Français s’agrandit en accueillant une nouvelle composante : en 1990-1994, les Scouts Musulmans de France (SMF) sont créés avec l’appui bienveillant des autres associations. Intégrés comme membres à part entière de la Fédération en 1991 et agréés par l’État en 1994, les SMF constituent la première association musulmane au sein du Scoutisme Français. Les EEDF soutiennent cette ouverture, cohérente avec leur principe d’un scoutisme pluraliste et cosmopolite. Par ailleurs, un tragique accident survenu en 1998 (naufrage mortel d’un bateau d’un petit groupe scout traditionaliste ne faisant pas partie de la fédération du Scoutisme Français, ni même reconnu par les pouvoirs publics comme mouvement scout) provoque en France une remise en question des régimes dérogatoires dont bénéficiaient les camps scouts en matière de sécurité. Sous l’égide des pouvoirs publics, l’ensemble des associations scoutes – qu’elles soient membres ou non de la Fédération – se concertent pour renforcer les normes de sûreté en camp et la formation de leurs encadrants. Les EEDF, rompus aux exigences de l’éducation populaire, participent activement à ces travaux.
En synthèse, la période 1980-2000 est celle d’une relance dynamique pour les Éclaireuses et Éclaireurs de France. L’association innove dans ses activités (grands jeux, camps à thèmes, projets internationaux de solidarité), formalise son identité laïque dans des textes de référence, tout en gérant les défis structurels d’un scoutisme en mutation. À l’aube du nouveau millénaire, les EEDF comptent parmi les mouvements qui ont su réinventer le scoutisme pour le rendre pertinent face aux enjeux contemporains, sans renier l’héritage éducatif du passé.
2000-2010 : Renouveau du scoutisme laïque et coopération élargie[modifier]
L’entrée dans le XXIe siècle s’accompagne pour les Éclaireuses et Éclaireurs de France d’un élan de renouveau et de visibilité accrue, mais aussi de défis de pérennité. L’année 2000 commence en fanfare avec un grand camp international organisé une nouvelle fois sur le terrain de Bécours. Du 27 juillet au 3 août 2000, plus de 2 000 jeunes de France et de l’étranger se réunissent pour le Camp mondial de la solidarité. Ce jamboree laïque met l’accent sur la solidarité internationale et l’échange interculturel : il accueille notamment des délégations de pays défavorisés grâce à des bourses, concrétisant l’idéal d’un scoutisme fraternel au-delà des frontières. L’événement bénéficie du soutien de partenaires institutionnels (ministères, ONG) et illustre la capacité des EEDF à participer à de grandes mobilisations en phase avec les valeurs universelles du scoutisme.
Structurellement, le paysage scout français connaît des changements importants dans ces années. En 2004, les deux principales associations catholiques (les Scouts de France et les Guides de France) fusionnent pour former les Scouts et Guides de France (SGDF). Cette évolution modifie la composition de la Fédération du Scoutisme Français. Désormais, la Fédération regroupe cinq associations : les SGDF, les EEDF, les Éclaireuses Éclaireurs Unionistes (protestants), les Éclaireuses Éclaireurs Israélites (juifs) et les Scouts Musulmans de France. Du point de vue des EEDF, ce changement se fait dans la continuité des bonnes relations entretenues de longue date avec les Scouts de France et Guides de France. Les EEDF avaient d’ailleurs soutenu dès les années 1980 l’idée d’une coéducation chez leurs partenaires catholiques. La naissance des SGDF en 2004 est donc accueillie positivement, comme un signe de modernisation globale du scoutisme français auquel les Éclé(e)s sont attaché(e)s.
Au niveau pédagogique, la décennie 2000 voit les EEDF poursuivre leurs adaptations. Ils inaugurent par exemple de nouveaux programmes pour la tranche des 6-8 ans (les lutins et lutines), qui avaient été expérimentés dans les années 1970 mais sont désormais bien intégrés comme branche à part entière. De même, le projet d’une branche aînée étendue aux 18-25 ans (les « JAÉ » pour Jeunes Adultes Éclaireurs) est développé pour offrir aux jeunes adultes un cadre d’engagement adapté, témoignant de la volonté de l’association de ne pas « perdre » ses aînés une fois leur majorité atteinte. Sur le plan des méthodes, les EEDF mettent l’accent sur l’éducation à la citoyenneté et l’écologie dans toutes les unités : par exemple, les camps intègrent de plus en plus de pratiques écoresponsables et de projets de service civique (chantier de reboisement, actions solidaires locales, etc.), prolongeant le fil rouge de l’éco-citoyenneté défini en 1998.
Cette période est également marquée par un effort pour professionnaliser et sécuriser davantage l’organisation des activités, en réponse aux nouvelles exigences réglementaires. À la suite des concertations de la fin des années 1990, l’État français met en place un cadre spécifique pour les séjours scouts : il reconnaît l’« accueil de scoutisme » comme une catégorie à part des accueils de mineurs, sous réserve que les associations remplissent certains critères de formation des cadres et de sécurité. Le Scoutisme Français élabore alors un certificat de directeur de camp commun (Diplôme « Directeur de Scoutisme Français »), dont la formation est assurée par les différentes associations et reconnue par le ministère de la Jeunesse. Les EEDF jouent un rôle actif dans ce dispositif en déployant ces formations certifiantes auprès de leurs bénévoles. C’est une période où l’association renforce son ancrage institutionnel : elle signe des conventions pluriannuelles d’objectifs avec les pouvoirs publics, participe aux instances consultatives nationales sur la jeunesse et l’éducation populaire, et s’implique dans des collectifs comme le CNAJEP (Comité pour les associations nationales de jeunesse et d’éducation populaire).
Sur le plan de la vie publique, les EEDF et leurs partenaires adoptent des positions communes sur des enjeux de société liés à leurs valeurs. Un exemple notable survient en 2005-2006 lorsque le gouvernement prépare une réforme du statut des associations et de la laïcité : le Scoutisme Français, incluant les EEDF, contribue au débat pour défendre une laïcité équilibrée et la liberté associative. En 2007, le centenaire mondial du scoutisme donne lieu, le 1er juillet, à un fait sans précédent en France : un grand Festival du scoutisme est organisé simultanément dans dix grandes villes, rassemblant neuf associations scoutes françaises pratiquant l'accueil de scoutisme, membres du Scoutisme Français ou non. Les EEDF auront une position prudente sur ces célébrations et ne voudront pas forcément être associés à des évènements associant des associations hors du SF. Voir côte à côte des unités des EEDF, des SGDF, des EEUdF mais aussi des Scouts unitaires de France ou des Guides et Scouts d’Europe (catholiques) – associations d’ordinaire extérieures aux activités de la Fédération – marque les esprits. Ce festival du centenaire, soutenu par le ministère de la Jeunesse, illustre une forme de rapprochement ponctuel entre les différents courants du scoutisme français autour de valeurs communes. Il envoie aussi un signal fort de cohésion au grand public à un moment où le mouvement scout cherche à améliorer son image et son attractivité.
Les années 2000 sont toutefois un défi en termes de ressources et d’effectifs pour les EEDF. Comme beaucoup d’associations historiques, ils font face à un renouvellement générationnel de leurs cadres bénévoles et à des contraintes budgétaires. Vers la fin de la décennie, l’association accuse les premiers signes de difficultés financières structurelles. Néanmoins, grâce à une gestion précautionneuse et à l’engagement de ses militants, les EEDF parviennent à maintenir l’essentiel de leurs missions. Ils bénéficient aussi d’une certaine bienveillance des pouvoirs publics, conscients de l’apport éducatif du scoutisme laïque. En 2010, les EEDF comptent environ 17 000 adhérents (jeunes et adultes), incluant différents types d'adhérents, et restent la deuxième association scoute de France en effectifs, derrière les Scouts et Guides de France. Surtout, ils abordent la décennie suivante avec un capital d’expérience – cent ans d’existence – qu’ils s’apprêtent à célébrer dignement.
2010-2025 : Centenaire, engagements contemporains et adaptation durable[modifier]
Le point d’orgue du début des années 2010 pour les Éclaireuses et Éclaireurs de France est sans conteste la célébration de leur centenaire. En effet, si l’on se réfère à la fondation des Éclaireurs de France en 1911, le mouvement laïque a eu 100 ans en 2011. Les EEDF organisent, tout au long de cette année symbolique, une série de manifestations nationales et locales sous le slogan « Vers un nouveau siècle de scoutisme laïque ». Les festivités débutent officiellement le 8 janvier 2011 par des flashmobs simultanés dans de nombreuses villes, impliquant des centaines de jeunes en uniforme orange dans des « mobilisations éclairs » ludiques. Chaque groupe local est invité à fêter l’événement (beaucoup organisent des rencontres intergénérationnelles réunissant anciens et nouveaux membres). Le 8 mars, une « Journée de l’Éclaireuse » est dédiée à l’histoire des filles dans le scoutisme laïque, en écho aux origines féminines du mouvement. Un ouvrage historique est publié pour l’occasion, retraçant un siècle d’éducation par le plein air et la citoyenneté.
Parmi les temps forts, au printemps 2011, quatre grands rassemblements régionaux du centenaire ont lieu (à Carcassonne, Lille, Metz et Nantes) afin de permettre au plus grand nombre de « souffler les bougies » du siècle écoulé. Ces jamborees décentralisés rassemblent chacun plusieurs centaines de jeunes de toutes branches, autour d’activités célébrant les valeurs EEDF et l’histoire locale du mouvement. En août, les EEDF profitent du Jamboree scout mondial en Suède pour y envoyer une délégation de jeunes laïcs français marquer le centenaire sur la scène internationale. Fin août, une grande transhumance à Bécours est organisée : des éclaireurs parcourent en équipe les chemins de randonnée menant au centre national EEDF, symbolisant le passage vers le nouveau siècle tout en valorisant l’éducation nature. Enfin, le 26 novembre 2011, les EEDF tiennent à Paris un colloque à l’UNESCO intitulé « Éveiller la jeunesse à la citoyenneté », réunissant des personnalités du monde de l’éducation et d’anciens responsables, pour réfléchir au rôle du scoutisme laïque dans la formation du citoyen au XXIe siècle. Ce colloque prestigieux, tenu sous le haut patronage de l’UNESCO, met en lumière l’apport spécifique des EEDF en matière de laïcité, de vivre-ensemble et d’engagement civique.
Fort de ce regard sur son passé, le mouvement aborde les années 2010-2025 avec la volonté de relever les défis contemporains. Sur le plan des prises de position publiques, les EEDF continuent de faire entendre leur voix, particulièrement sur la question de la laïcité, devenue un sujet de débat récurrent en France. En 2015, un projet de loi gouvernemental visant à modifier le cadre de la laïcité et du volontariat associatif suscite l’inquiétude du Scoutisme Français. Les EEDF, par la voix de leur délégué général, contribuent à la réaction collective : la Fédération du Scoutisme Français publie un communiqué exprimant son attachement à la laïcité républicaine et sa vigilance quant à toute évolution législative qui pourrait remettre en cause l’équilibre actuel[1]. Ce faisant, les EEDF réaffirment que leur propre conception de la laïcité – ouverte et émancipatrice – est indissociable de celle de la République, et qu’ils entendent la défendre activement. Par ailleurs, face à la montée de l’intolérance et des extrémismes dans les années 2010, le mouvement laïque se montre solidaire des autres associations scoutes confessionnelles pour promouvoir le dialogue interconvictionnel. À titre d’exemple, après les tragiques attentats de 2015 en France, les EEDF participent à des événements avec les Scouts musulmans et d’autres groupes pour témoigner de l’unité du scoutisme au service de la paix et de la fraternité.
Un autre domaine d’engagement renforcé est l’environnement et le développement durable. Les EEDF, depuis longtemps sensibles à la nature, intensifient leurs actions écoresponsables. Ils initient des partenariats avec des associations écologistes et participent, aux côtés d’autres mouvements de jeunesse, à des mobilisations lors de la COP21 à Paris en 2015 (Conférence climat) afin de rappeler l’urgence d’agir pour la planète. Le projet éducatif actualisé de l’association insiste d’ailleurs sur l’éco-citoyenneté comme dimension essentielle de la formation des jeunes éclaireurs, faisant de la protection de l’environnement un véritable projet de société au même titre que la solidarité ou la démocratie interne.
Sur le plan institutionnel interne, les années post-2010 sont marquées par des efforts d’adaptation et de rationalisation. Le contexte financier devient difficile : l’association enregistre à partir de 2010 des déficits récurrents, dus à la stagnation des recettes (baisse des subventions publiques et érosion du nombre de membres) conjuguée à des charges fixes importantes[2]. Un audit de l’Inspection générale de la Jeunesse et des Sports en 2018 souligne que la situation financière de l’association, installée dans le rouge depuis 2010, a nécessité des mesures correctives courageuses[2]. Les EEDF ont notamment entrepris de réorganiser leur modèle économique, en cédant certaines propriétés sous-utilisées (centres de vacances), en développant des services payants (comme l’accueil de personnes en situation de handicap lors de séjours adaptés) et en redynamisant la collecte de fonds auprès des anciens membres. Parallèlement, des fusions de structures régionales sont réalisées pour optimiser les ressources, et un plan de recrutement de bénévoles est lancé pour endiguer la baisse des effectifs d’encadrement. Ces mesures, bien que contraignantes, visent à assurer la pérennité du scoutisme laïque tout en préservant son accessibilité au plus grand nombre.
Malgré ces défis, les EEDF enregistrent aussi des avancées positives durant cette période. En 2017, la Fédération du Scoutisme Français s’ouvre à un nouveau membre issu d’une autre tradition spirituelle : les Éclaireurs de la Nature (EDLN), mouvement scout d’inspiration bouddhiste fondé en 2007, intègrent la Fédération en tant que membres à part entière. Cette inclusion – soutenue par les EEDF et les autres associations – illustre le pluralisme accru du scoutisme français, désormais riche de six sensibilités (laïque, catholique, protestante, juive, musulmane et bouddhiste). Les Éclaireurs de la Nature, qui partagent avec les EEDF la valorisation de la nature et une approche laïque (au sens de non-confessionnelle) de la spiritualité, trouvent auprès des EEDF un accueil chaleureux.
En 2020-2021, la pandémie de COVID-19 représente un défi inédit pour le mouvement. L’organisation des camps d’été 2020 doit être repensée en profondeur pour respecter les protocoles sanitaires : les EEDF, avec leur souplesse d’organisation, parviennent à maintenir un grand nombre de séjours éducatifs en petits groupes, évitant ainsi une « année blanche » aux enfants et adolescents confinés. Le recours aux outils numériques permet aussi de garder le lien scout pendant les périodes de restriction, via des projets en ligne et des activités à distance coordonnées au niveau national. Cette adaptation contrainte prouve la résilience de l’association et la créativité de ses bénévoles.
À l’horizon 2025, les Éclaireuses et Éclaireurs de France demeurent un acteur essentiel du scoutisme et de l’éducation populaire en France. Forts d’environ 7 000 jeunes membres et 4 500 bénévoles engagés, ils perpétuent un héritage plus que centenaire tout en se projetant vers l’avenir. Le mouvement continue d’appuyer son action sur des fondamentaux intemporels – la vie au grand air, la pédagogie du projet, l’apprentissage de la vie en société – qu’il actualise à la lumière des enjeux contemporains : transition écologique, inclusion du handicap, éducation à l’esprit critique face aux réseaux sociaux, etc. Sur le plan éducatif, les EEDF ont par exemple récemment mis en place un nouvel imaginaire commun, le « Grand Bivouac », qui sert de fil rouge aux activités de toutes les branches afin de renforcer le sentiment d’appartenance et la cohérence pédagogique. Ils travaillent aussi à simplifier et clarifier leurs repères pédagogiques, conscients qu’un excès de documents et de terminologie peut nuire à la lisibilité de leur action pour les nouveaux bénévoles[2]. L’association tire les leçons de son histoire : elle sait désormais qu’il lui faut trouver un équilibre entre l’autonomie locale, source de richesse et d’innovation, et une unité nationale garante de stabilité.
En termes de relations avec l’État, les EEDF conservent un agrément national renouvelé auprès du ministère de l’Éducation (Jeunesse) qui atteste de la qualité éducative de leurs projets. Les pouvoirs publics voient en eux un partenaire fiable, notamment sur des missions d’inclusion sociale (les « Vacances ouvertes » organisées par les EEDF permettent chaque année à des centaines d’enfants défavorisés ou en situation de handicap de partir en séjour adapté). Ce secteur des « séjours adaptés » est d’ailleurs devenu au fil du temps une composante à part entière de l’association, très appréciée des familles et reconnue par les institutions pour son utilité sociale[2]
Chronologie[modifier]
- 1964 : La section neutre des éclaireuses de la FFE, les Eclaireurs Français (fondés en 1911 par Pierre de Coubertin) et les EDF se regroupent dans un même mouvement : les Eclaireuses et Eclaireurs De France (EEDF). La revue "Tout Droit" devient l'Equipée.
- 1968 : Le grand remue-méninges de 1968 fait apparaître les différences sur "être EEDF" : contestation, expériences nouvelles, engagement de Mouvement contre le racisme, pour la défense de l'environnement mais aussi remise en cause du scoutisme lui-même ce qui clive en interne l'association.
- 1971 : Cantobre, 600 jeunes à ce grand rassemblement organisé par l'équipe Nationale "Route". Événement marquant pour les EEDF, tenu au pied du Larzac, avec une ambiance militante et chaleureuse.
- 1971 : Assises de 1971. Introduction des discussions de fond et des projets pédagogiques, ayant conduit à des transformations majeures au sein de l'association.
- 1972 : AG de 1972. Bernard Machu se souvient de la violence des débats lors de la pré-AG de 1972, comparable aux AG étudiantes de l'époque. Cette période est marquée par des confrontations intenses sur les orientations de l'association.
- 1973 : "Les EEDF pour quoi faire ?"
- 1974 : Les Assises d'Avignon. 2000 participants. C'est le point culminant de la crise interne du mouvement, l'opposition entre "conservateurs" et "réformistes est visible. L'avenir de l'association est redéfini mais les tensions continuent jusqu'en 1978.
- 1976 : Top 76. 3000 Louveteaux, Eclaireuses, Eclaireurs, Aînés se retrouvent à SAOU dans la Drôme pour un grand festival "Initiatives".
- 1981 : Bécours; informatique, radio, activités scientifiques, écologie, chantier, expression-création. La rencontre de Bécours, vécue par 3000 garçons et filles, a ouvert les nouveaux chemins de l'aventure EEDF.
- 1985 : Mâcon, 3 jours pour l'avenir. Pour 200 responsables et aînés : "Les Z'Eclés c'est le pied !".
- 1989 : Navigator, grand jeu d'année toutes branches ; Message aux enfants du Monde . 7000 Eclés à la Courneuve. Une nouvelle pédagogie est proposée cherchant à concilier la diversité des pratiques de terrain issues des expériences des années 1970 avec la méthode scoute. Scission de la FEE.
- 1990 : 1er Cap'Eclé. 600 CE et responsables réunis 3 jours à la Couturanderie.
- 1991 : 80ème anniversaire de l'Association. 1er BAT'A CLAN des aînés à Bécours.
- 1996 : Lancement de l'opération Mosaïque : 6000 enfants et jeunes se retrouvent en Aveyron.
- 1996 : Première édition de Défi Aînés, qui réuni des Aînés de toute la France
- 1998 : Lancement du plan Agir pour Grandir, plan d'action de l'Association pour 4 ans de 1998 à 2002. Sous le titre "l'Engagement des Éclaireuses et Éclaireurs de France", l'association adopte en Assemblée Générale à Montluçon un texte présentant ses "valeurs", l'idéal qu'elle défend, explicitant sa vision de la laïcité, de la solidarité et du respect de l'environnement "éco-citoyenneté" mais aussi certains éléments de méthode qui ont pu faire sa spécificité au lendemain de la deuxième guerre mondiale : coéducation et démocratie de proximité.
- 2000 : Du 27 juillet au 3 août a lieu le grand rassemblement international Bécours 2000, camp mondial de la Solidarité.
- 2011 : année du Centenaire.
Voir aussi[modifier]
Notes et références