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Totémisation

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La totémisation au sens scout du terme, consiste à donner à quelqu'un, au cours d'une cérémonie un nom d'animal (ou autre), avec ou sans autres qualificatifs. L'ensemble : nom, adjectif, lieu est appelé totem. La cérémonie et le totem marquent un rite de passage et le renforcement de l'intégration au groupe, ce peut être aussi le symbole d'un engagement à de nouvelles responsabilités.

Dans certains pays francophones, la totémisation s'applique également au choix du nom d'animal servant à désigner un groupe de scouts : les hirondelles, les loups, etc.

Pour l'individu, la totémisation c'est :

  • Une nouvelle étape dans la progression au sein du scoutisme;
  • Être nommé et reconnu par ses pairs lors d’une cérémonie secrète.

Voir articles totémisation (cérémonie),totémisation (pédagogie) et Vocabulaire de la totémisation


Histoire

Un vieux chef Sioux

C'est à partir d’un terme ojibwé, langue algonquine parlée autour des Grands Lacs de l'Amérique du Nord, que se constitue le "totémisme". Le mot revient à un anglais, John Long, qui l'utilisa en 1791 pour désigner un esprit bienveillant qui protège les hommes.

Dans le langage courant, le totem est un mât représentant un animal protecteur d'une tribu, voir aussi mât-totem. Les prénoms amérindiens avaient souvent pour origine la nature, et parfois des noms d'animaux. De grands chefs indiens comme Sitting Bull ont popularisé leurs noms durant les guerres indiennes laissant penser que les indiens portaient des noms d'animaux.

Ernest Thompson Seton dans "Birch Bark Roll of the Woodcraft Indians" invente une cérémonie afin de donner un nom d'animal aux jeunes dès 1903.

Si Baden-Powell s'est très largement inspiré du livre d'Ernest Seton, il ne reprend pas cette cérémonie dans "Scouting For Boys".

Certains scouts anglais ont vraisemblablement repris certaines cérémonies de l'ouvrage de Seton dès le début du scoutisme : C'est après le camp international de Birmingham (1913) que Jacques Guérin-Desjardins signe un article "Cerf Agile" en janvier 1914 dans l'Eclaireur Unioniste après une rencontre avec John Gordon Hargrave (White Fox - Renard Blanc).[1]

Baden-Powell n'a jamais eu de totem ni de qualificatif, du moins comme nous l'entendons aujourd'hui. Il a cependant reçu les surnoms suivants, lors de ses nombreuses campagnes militaires : "Mhala Parzi" : celui qui tire des plans avant de viser (lors de son séjour en Inde); "Kanatankis" : l'homme au grand chapeau, par les Ashantis, en 1895 ; "Impeesa" : La hyène (traduit souvent improprement par "le loup qui ne dort jamais") par les Matabélés. [2]

Certains biographes ont fait de ce dernier surnom son totem, mais il s'agit là d'un anachronisme, puisque le scoutisme n'existait pas encore.

Par après, on le surnomma "Vieux Loup" comme fondateur du mouvement. Cependant, on ne peut parler ici de totémisation au sens ethnologique, car il n'y a pas eu de rite initiatique. Aux États-Unis et dans beaucoup de pays francophones, la totémisation et la culture indienne ont connu un grand succès au sein du scoutisme, bénéficiant d'un statut presque officiel.

Histoire en France

En France, l'indianisme et la totémisation sont pratiqués avant 1914 par les initiateurs du scoutisme, alors neutre ou protestant, notamment par Jacques Guérin-Desjardins qui y voit le moyen de passionner le « gosse ». À partir de 1920, la coutume se popularisera et se développera rapidement dans l'ensemble du scoutisme français, notamment sous l'impulsion du commissaire SDF Paul Coze. Jean Loiseau fut le principal introducteur de l'indianisme chez les EDF.

Voir également initiation (EUF) pour l'Indien.

La totémisation et son ordre secret ont réellement passionné certains jeunes scouts. Mais, souvent, ils étaient plus motivés par la conquête du titre de sachem que par leur BA quotidienne et l'application de la méthode scoute. De plus, les sachems évoluant dans une complète confidentialité semblaient former une organisation parallèle au scoutisme des mouvements.

Les Français reprochèrent ainsi à la totémisation d'être passée d'un jeu scout honorable en 1928 à une organisation secrète parallèle au scoutisme dans les années 1940, avec les possibilités de dérives que cela comportait (les rites initiatiques devenaient parfois de vraies séances dégradantes ou humiliantes pour les papooses). Parallèlement étaient nés des groupes comme les « foulards de sang » qui utilisaient certaines pratiques de la totémisation, mais dont le fonctionnement était basé sur celui de la chevalerie. La totémisation fut par ailleurs à l'origine d'une légende urbaine propre au scoutisme.


La possibilité de dérives de toutes natures interpellait les mouvements français qui s'efforcèrent, soit de changer la nature de la totémisation, soit de la proscrire. En fait depuis quelques décennies la totémisation subsiste en France mais son déroulement s'est allégé.

Situations actuelles


Searchtool.svg Voir l’article détaillé : Mouvements et totémisation



La totémisation est encore largement répandue, sous des formes variées, dans les pays francophones (en Belgique, en Suisse et au Canada), ainsi qu'en Italie, en Espagne et aux États-Unis notamment. Mais la totémisation reste inconnue dans de nombreux pays (notamment au Royaume-Uni, berceau du scoutisme).

En Belgique, la totémisation est très répandue et elle est pratiquée de manière similaire dans les différents mouvements scouts du royaume. Elle joue un rôle d'intégration du jeune dans son nouveau groupe. La « fête des totems » exclut les mises en scène effrayantes, l'humiliation du scout, les épreuves dévalorisantes, dégradantes. Aussi, la totémisation doit être entouré d'un « secret positif » (comme dans un anniversaire surprise), et le totémisé est en droit de refuser le totem qui lui est attribué.

De même, en Italie, la coutume est presque officielle et elle consiste à donner un nome di caccia (nom de chasse), mais le mot totémisation est connu. Le site de l'association des guides et scouts catholiques italiens (AGESCI) indique que, dans certaines unités, elle est vécue comme mode d'intégration : « la cérémonie est un moyen plaisant de rappeler les preuves de courage du garçon qui entre dans la tribu. Ce peut être un jeu de Kim, une veillée avec déguisements, un récit mimé de chasse, une quelconque saynète expressive. C’est un moment secret de la tribu, les pieds tendres [les papooses] n'y sont pas invités». Cependant, le risque de dérives est également noté.

En Afrique francophone la totémisation est fréquente.

En France, à la suite de la loi de 1998 intégrée à l'art.225-16-1 du Code Pénal sur la répression du bizutage, les mouvements français directement concernés par des formes « dures » de totémisation ont dû prendre position officiellement. Dans certains mouvements français, la totémisation est tolérée (EEUdF, EEIF, EEdF) mais dans tous les cas il s'agit d'une forme de totémisation « douce ». Dans les trois associations catholiques reconnues par l'État (SGdF, AGSE et SUF), malgré les prohibitions officielles ou tacites, la totémisation persiste, mais les formes « dures » déclinent ou ont en fait disparu. Reste que dans certains petits mouvements, les sachems peuvent couvrir des pratiques condamnables. La discussion sur la totémisation en France n'est pas close, resterait à débattre des formes d'une totémisation nouvelle et sans risque, mais l'intérêt pédagogique d'une telle mesure est controversé à l'égard des jeunes.


Searchtool.svg Voir l’article détaillé : Réflexions sur la totémisation



La totémisation parait exister sous une forme plus ou moins traditionnelle dans plusieurs pays hispanophones.

Aux États-Unis, l'Order of the Arrow est réservée à des scouts plus âgés, avec une organisation officielle tout à fait transparente, des cérémonies fortement marquées par l'indianisme et un souci de service aux scouts plus jeunes.

Au Canada la Nation Impeesa joue un rôle d'organisateur des cérémonies tandis que la Nation de l'Ours est un site web consacré aux totems.

Ce que pensent les grands chefs scouts de la totémisation

Baden-Powell

« Je prétends qu'un garçon pour devenir un vrai scout, suivant l'idéal tracé par le chef, n'a nullement besoin de recevoir un nom. Il n'est pas indispensable qu'il s'appelle Tigre Bleu ou Loup Vert, ni qu'il porte une robe bigarrée au lieu de la chemise scoute et des plumes dans les cheveux... Rêver que vous êtes un scout me paraît contenir plus d'idéal et de romanesque, plus de pensées pratiques de dévouement et de bonheur que de rêver que vous êtes Peau-Rouge. »

Robert Baden-Powell, in Headquarters Gazett de novembre 1919

Père Jacques Sevin

« Si je soutiens l’indianisme, nos preux chevaliers vont, d’un geste dédaigneux, reléguer mes plumes d’aigle au fond des costumiers de mélodrame, et si je déclare que le Peau-Rouge n’est pas le dernier mot du scoutisme et de la civilisation, je vois déjà les tomahawks s’abattre sur mon cuir chevelu (…) Je réponds carrément à ta question : non, l’Indien n’est pas le Premier Scout. Il ne l’est ni pour le corps, ni pour ses vertus morales, ni par ses qualités physiques. »

Toutefois, il précise aussi dans la revue le chef :

« Est-ce à dire qu'il faille proscrire tout Indianisme, et nous priver et priver nos garçons de cet exotisme et de ce pittoresque dont ils raffolent, et qui peut, entre les mains d'un chef habile, avoir son côté éducatif ? Je ne serai point si janséniste, et je serai le premier à applaudir (pardon : à saluer de mon « Ah! ah! ah! ») une pantomime comme Vengeance indienne et à chanter « Kellé, kellé, Watch! » en souvenir de notre ami Big Hawk. L'indianisme est un des moyens de satisfaire le goût, inné chez l'enfant, de l'extraordinaire, du romanesque,de l'invraisemblable.

J'ajoute que s'il y a des Scouts qui peuvent se payer quelques fantaisies en ce genre, avec le minimum d'inconvénients, c'est précisément nous, les Scouts de France, parce que nous avons dans notre vie spirituelle, toute fondée sur une piété liturgique et dogmatique, toute alimentée par les Sacrements, le contrepoids nécessaire. Nos garçons sont trop instruits de leur religion pour prendre l'Indianisme au sérieux, et d'avoir fumé le calumet de la paix au feu de camp ne les empêchera pas de chanter avec toute leur ferveur de scouts catholiques, Notre-Dame des éclaireurs ou le Cantique des patrouilles. »

R.P. Jacques Sevin S.J., in Le Chef, n° 4 de juin 1922 p. 56 à 60.

Après la seconde guerre mondiale et le jamboree de la paix, des totémisations dures sont courantes, souvent mal ou non contrôlées par les adultes, plusieurs commissaires de branches éclaireurs des Scouts de France firent de sévères rappels à l'ordre concernant la totémisation :

Michel Menu

« [Parlant des grands jeux] Dès qu'un vestige de civilisation se dresse sur le passage, on prend soin de l'effacer...

De grâce, qu'on accoutume pas les gosses à ces facéties diaboliques de névrosés.

Encore n'est-ce là pas tout :

Dans cet art du sabotage, les totémisations ont encore trop de succès chez les obsédés du scalp. La peur n'a jamais éduqué un garçon, et encore moins les brimades. »

Larguez tout, 1953

François Lebouteux

« Avec la saison du muguet revient pour les obsédés du tomahawk la saison des cérémonies nocturnes [...]

Apanages des troupes médiocres et de chefs sans imagination, la totémisation et ses cousins germains (ordres de chevalerie secrets, comités divers et clandestins, etc.) n'en continuent pas moins leur petit bonhomme de chemin »

|Chefs n° 354, janvier 1961

De vrais mouvements indianistes

Le scoutisme, même s'il utilise certaines techniques dites Woodcraft, n'est pas un mouvement indianiste.

Par contre, de vrais mouvements basés sur la culture indienne ont existé, notamment les Woodcraft Indians fondés en 1902 par Ernest Thompson Seton.

Lien externe



Searchtool.svg Voir l’article détaillé : Indianisme




Notes et références


  1. L'Eclaireur Unioniste n°9 novembre 1917
  2. http://www.scouting.org.za/seeds/impeesa.html